Le bulletin d’Épidémiosurveillance en Santé Végétale est une revue des actualités concernant la santé du végétal en Europe et à l’International. Il contribue à faciliter l’accès aux informations concernant la santé des végétaux et leur diffusion. Le bulletin est validé au préalable par une cellule éditoriale composée d’experts scientifiques et de collaborateurs partenaires ayant un rôle de conseillers.
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Un premier foyer de Bursaphelenchus xylophilus a été
confirmé le 3 novembre 2025 en France, dans la commune de Seignosse
(département des Landes) à partir d’un pool de prélèvements effectués
sur une quinzaine d’arbres (pins maritimes). La localisation du foyer se
situe dans un des quadrats les plus à risque d’entrée associé aux
surfaces d’hôte (risque d’établissement) de la région Nouvelle-Aquitaine
mis en évidence par le groupe de travail surveillance du nématode du pin
(GT SNP) de la Plateforme ESV (voir Figure 1).
Suite à cette détection, le Préfet de la région
Nouvelle-Aquitaine a pris un arrêté préfectoral précisant les mesures
de gestion en application de la Décision d’exécution 2012/535/UE. Cet
arrêté préfectoral concerne 56 communes des départements des Landes et
des Pyrénées-Atlantiques. Tous les végétaux dits sensibles1
de la zone infestée (rayon de 500m autour du foyer) doivent être abattus
et détruits. Dans la zone tampon, rayon de 20km autour de la zone
infestée la circulation de végétaux sensibles et les travaux forestiers
sont soumis à autorisation (voir la carte de la zone délimitée landaise
à la fin de l’arrêté préfectoral et Figure 2). Une FAQ DRAAF ainsi que des points de contacts dédiés
sont disponibles pour les particuliers et les professionnels. Toute
suspicion de présence du nématode du pin sur résineux (pins maritimes en
priorité) dépérissant ou morts récemment dans la zone délimitée est à
signaler sans délai sur ce formulaire en ligne de la DRAAF.
1 Les végétaux (hors fruits et semences) des espèces Abies Mill., Cedrus Trew, Larix Mill., Picea A. Dietr., Pinus L., Pseudotsuga Carr. et Tsuga Carr (Décision d’exécution 2012/535/UE).
Bursaphelenchus xylophilus et son mode
d’action : Le nématode du pin, B. xylophilus, est un
ver microscopique originaire d’Amérique du nord qui affecte les
résineux, essentiellement des pins (genre Pinus) mais aussi
parfois des espèces du genre Abies, Larix, et
Cedrus (Anses
2025). Il est responsable de la maladie du flétrissement des pins
pouvant aller, dans certaines conditions, jusqu’à la mort de l’arbre. En
effet, le nématode une fois introduit dans l’arbre se multiplie au sein
des vaisseaux conducteurs de sève et ainsi bloque la circulation de la
sève, à l’origine des dépérissements. En Asie et en Europe, il existe
d’autres espèces de Bursaphelenchus endémiques ne provoquant
pas de maladie (comme B. mucronatus). Il a été observé que dans
les zones où B. xylophilus est introduit, le nématode du pin
s’avère plus compétitif comparé à d’autres espèces locales de nématodes
(MASA 2012, Vincent et al. 2008, Mariette et al., 2023).
– Dispersion : Le nématode du pin peut être dispersé selon deux voies de dispersion : une longue distance et une courte distance. Dans les deux cas, c’est un insecte vecteur du genre Monochamus qui permet la transmission d’un arbre infecté à un arbre sain.
Vecteur principal : Selon la localisation géographique, différentes espèces de Monochamus autochtones transmettent le nématode (principalement M. alternatus au Japon, en Chine et en Corée, M. carolinensis en Amérique du Nord et M. galloprovincialis en Europe, voir Figure 3). La larve de Monochamus, en se développant à l’intérieur d’un arbre infecté, se charge en nématodes, puis l’insecte une fois adulte va transmettre les nématodes lors de ses repas sur des pousses de pins sains (transmission primaire). Dans une moindre mesure, la phase de ponte permet de transmettre le nématode (transmission secondaire) également. L’insecte pond uniquement sur des arbres dépérissants (arbres fragilisés par des parasites, des ravageurs, des coupes, ou des incendies par exemple). Si l’arbre est infecté par le nématode, la larve en se développant dans l’arbre peut-être contaminée par ces nématodes et le cycle recommence.
David (2014), dans sa thèse, montre que sur
toute leur durée de vie (environ 126 jours), les Monochamus
pouvaient voler sur 16 km. Le nématode du pin peut aussi se disperser à
longue distance par des matériaux en bois contaminés (caisses, palettes,
grumes, etc.) ou par des plants de pins infectés. Néanmoins, il est
nécessaire que des Monochamus infectés émergent de ces
matériaux pour disséminer ensuite les nématodes à un arbre sain
environnant. C’est par cette voie de dispersion que le nématode du pin a
pu être introduit sur différents continents (en Asie et ensuite en
Europe). En effet, le nématode du pin est présent en Europe depuis 1999
où un premier foyer a été détecté au Portugal. Aujourd’hui, le Portugal
est considéré comme étant entièrement infesté. L’Espagne est également
touchée depuis 2008 mais de manière encore localisée (voir OEPP, et Figure 2).
Impacts économiques et environnementaux : L’Anses, en réponse à la saisine n° 2014-SA-0103 Nématode du pin mentionnait dans son rapport d’expertise plusieurs impacts de la maladie déjà mesurés à travers le monde. En Europe par exemple, pour la période 2008-2030, les pertes financières liés aux dégâts engendrés en l’absence de mesures de contrôle efficaces ont été estimées autour de 20 milliards d’euros. Par ailleurs l’Union Européenne a alloué 30 millions d’euros sur la période 2001-2008 pour soutenir la surveillance et la lutte vis-à-vis du nématode du pin (rapport d’expertise Anses 2015). Le rapport de l’Anses mentionne également l’existence d’impacts environnementaux non négligeables, comme la modification des écosystèmes, de la biodiversité ou l’érosion des sols. Le nématode du pin a fortement endommagé les forêts de pins indigènes en Chine, au Japon et en République de Corée, causant la perte de 12 millions de pins en Corée entre 1988 et 2022 (FAO 2024).
Prédiction du risque avec le changement climatique : Les effets du changement climatique sur les interactions entre les nématodes du pin, les hôtes et les insectes vecteurs ont été évalués pour prédire la répartition mondiale du dépérissement du pin. Les résultats ont prédit une migration du nématode, des hôtes et des vecteurs vers le nord avec une augmentation des distances de migration dans le temps ou avec l’élévation des émissions de gaz à effet de serre. Ce risque est particulièrement élevé pour l’Amérique du nord et l’Europe concernant notamment les hôtes et les vecteurs du nématode du pin (Facheng Guo et al., 2025, BHV-SV 2025/09). Par ailleurs, le changement climatique n’est pas le facteur principal expliquant l’invasion du nématode du pin. Il peut exacerber le risque d’invasion par une expression des symptômes sur de plus larges territoires (exemple des prédictions des zones d’expression de la maladie en France Figure 7.6 de Tassus et al., 2025) et le dépérissement des arbres à cause d’autres facteurs tels que les vagues de chaleur ou la sécheresse offrant des ressources supplémentaires aux Monochamus pour pondre.
Dans l’Union européenne, B. xylophilus a un statut
d’organisme de quarantaine prioritaire (OQP) (Règlement délégué (UE) 2019/1702 de la
Commission du 1er août 2019) et les Monochamus spp. non
européens ont le statut d’organisme de quarantaine (Règlement d’exécution (UE) 2019/2072 de la
commission du 28 novembre 2019 modifié).
Une étude s’est appuyée sur une analyse bayesienne approximative
(ABC random forest) pour mieux comprendre les routes
d’invasion mondiale de Bursaphelenchus xylophilus (route
empruntée par l’organisme entre sa population d’origine et sa population
invasive dans une nouvelle zone). Ces analyses permettent de retracer
notamment l’origine des populations européennes car les méthodes
génétiques descriptives fondées sur les distances et les analyses de
regroupement se sont révélées insuffisantes pour trancher entre une
origine américaine ou asiatique des épidémies observées en Europe (Mallez et al., 2021). L’analyse
consistait à simuler des données génétiques (15 loci microsatellites de
plus de 1000 nématodes du pin collectés en Chine, Japon, États-Unis et
Portugal) selon plusieurs scénarios démographiques, puis de comparer ces
simulations aux données observées. Des méthodes génétiques descriptives
ont ensuite été utilisées pour évaluer la structure génétique dans
chaque zone géographique, sélectionner les échantillons à inclure dans
les analyses ABC et orienter la définition des scénarios d’invasion à
comparer. Les analyses de choix de modèle ABC ont été réalisées avec
DIYABC Random Forest v1.0. Les scénarios à comparer ont été définis à
partir des connaissances historiques, des résultats de l’étude et de
travaux antérieurs. L’analyse ABC à proprement parlé a été réalisée
étape par étape : d’abord pour déterminer le nombre d’introductions
indépendantes au Japon puis en Chine, ensuite pour analyser les
relations entre ces deux zones géographiques, et enfin pour intégrer
l’échantillon de la zone du Portugal afin de déterminer son origine
probable.
Les résultats de l’analyse ont montré l’existence de plusieurs évènements d’introductions indépendants du nématode du pin depuis les États-Unis (la zone d’origine) vers l’Asie : au moins deux évènements d’introductions vers le Japon et un vers la Chine. De plus, une population du Japon semble avoir joué un rôle de source secondaire d’invasions en Asie et en Europe. La population japonaise la plus ancienne (population tête de pont) serait à l’origine de la population au Portugal.
La méthode ABC a permis de mieux comprendre l’histoire mondiale de l’invasion du nématode du pin, mais ses résultats doivent être interprétés avec prudence. En effet, les caractéristiques biologiques de B. xylophilus et les limites des marqueurs génétiques utilisés peuvent réduire la fiabilité des inférences. L’étude révèle aussi des divergences entre les résultats issus de l’approche ABC comparée à des approches plus descriptives. Les auteurs suggèrent de faire des simulations pour mieux comprendre l’influence de la diversité génétique dans la zone d’origine sur les analyses de structure et les inférences ABC. Elles permettraient (i) de mesurer l’impact exact de cette diversité sur les résultats, (ii) d’évaluer le gain potentiel lié à l’utilisation de plus de marqueurs génétiques, et (iii) de valider la pertinence des interprétations actuelles dans le cadre des invasions biologiques.