Préambule

Contexte et objectifs

Cette application présente les résultats d’une analyse du risque d’introduction en Corse de la maladie du Huanglongbing (HLB), principale maladie des agrumes dans le monde. La présente analyse a pour principal objectif d’appuyer les gestionnaires de la surveillance des organismes réglementés émergents (SORE) et de leur permettre de concevoir des plans de surveillance basés sur le risque. Ce résultat est également mis à disposition de tous (particuliers, agriculteurs, pépiniéristes) : le HLB peut toucher tous les agrumes cultivés (hormis les agrumes océaniens comme le citron caviar), et donc se propager également dans les jardins des particuliers. Tous les détenteurs d’agrumes ont donc un rôle à jouer pour empêcher la maladie de s’implanter en Corse (article the conversation).

Pour réaliser cette analyse, un panel d’experts a été constitué et consulté afin de prendre en compte des critères en lien avec le risque d’introduction des bactéries responsables de la maladie et de ses insectes vecteurs. Les données utilisées ont majoritairement été collectées dans des bases de données publiques et à partir d’une modèlisation de niche issue de la recherche. Le panel a ensuite travaillé à pondérer la prise en compte des différents critères dans l’analyse. Le résultat de cette analyse est une carte présentant une hiérarchisation spaciale de quadrats de 8x8km en termes de risque d’introduction du HLB.

Le HLB

Le HLB est une maladie mortelle des agrumes qui n’est pas présente en France hexagonale mais qui a ravagé les agrumes de Guadeloupe et de Martinique, qui se propage à la Réunion et qui a également été détectée en Guyane (Cellier et al. 2025). Les trois bactéries responsables du HLB (‘Candidatus Liberibacter asiaticus’, ‘Ca. L. americanus’ et ‘Ca. L. africanus’) sont classées organismes de quarantaine prioritaires dans l’Union Européenne (règlement d’exécution (UE) 2019/2072, Annexe II, partie A). La maladie est transmise de plante à plante par greffage à partir d’un greffon ou d’un porte-greffe contaminé ou, de façon naturelle, par la piqûre de deux insectes de la famille des psylles : le psylle asiatique des agrumes Diaphorina citri et le psylle africain des agrumes Trioza erytreae (fiche SORE D. citri, Fiche EPPO T. erytreae). Ces deux insectes sont considérés comme organismes de quarantaine pour l’Union Européenne et font l’objet d’une surveillance officielle.

Si les bactéries responsables du HLB sont absentes du bassin méditerranéen, les psylles vecteurs, eux, progressent. En effet, le psylle africain des agrumes, T. erytreae s’est établi au Portugal et dans le nord-ouest de l’Espagne en 2014 et 2015 (EPPOa, EPPOb) et le psylle asiatique des agrumes, D. citri, est présent à Chypre depuis 2023 (EPPOc). Dans ces deux zones, une lutte biologique performante a permis de contrôler les populations de psylles et la surveillance reste intensive. Les cartes de distribution des trois bactéries et de leurs vecteurs sont respectivement disponibles sur les liens suivants : EPPO CLas, EPPO CLam, EPPO CLaf, EPPO D. citri, EPPO T. erytreae.


A : Symptômes foliaires du HLB, non systématiques caractérisés notamment par une marbrure des feuilles du jaune
au vert foncé et une forme dissymétrique, ©Gilles Cellier (ANSES, LSV), (fiche SORE HLB),
B : Diaphorina citri, vecteur du HLB, ©Virginie Ravigné (Cirad, PHIM),
C : Trioza erytreae, vecteur du HLB, ©Patrick-Turpin (Cirad, PVBMT).



Méthodologie

Analyse multi-critères

L’analyse multicritère réalisée dans la présente étude utilise la méthode PROMETHEE via le logiciel visual PROMETHEE qui prend en compte différents critères liés aux risques d’entrée et d’établissement du HLB en Corse, en particulier les données associées à ces derniers pour chaque unité géographique, et les poids accordés à chaque critère. A partir de ces informations, le logiciel calcule un indice (Phi) permettant d’établir une hiérarchisation (un classement relatif) des unités géographiques.
Dans cette analyse, les unités géographiques sont des quadrats de 8km x 8km, et la pondération a été réalisée en demandant à un panel d’experts d’attribuer une note de 1 à 6 à chacun des critères (6 étant la note correspondant à un poids maximal).

Approche d’une élicitation du dire d’experts :

Le panel d’experts qui a été consulté pour cette analyse présente notamment des compétences en épidémiologie, bactériologie, phytopathologie, entomologie, surveillance biologique, réglementation et arboriculture. Il a été consulté en deux phases : la première phase avait pour but de sélectionner des critères pouvant être en lien avec le risque d’introduction (entrée + établissement) du HLB en Corse et la seconde phase avait pour but d’attribuer un poids aux différents critères vis à vis de ce risque.
Pour chaque phase, un questionnaire a été envoyé aux experts, leur permettant de s’exprimer de façon individuelle, puis des réunions d’harmonisation ont été organisées afin d’échanger sur les différents points de vue et de trouver des consensus.

Description des critères

Différentes phases d’échanges avec le panel d’experts ont permis la sélection et la pondération des critères présentés ci-dessous.
Les données correspondant à ces critères ont été calculées à l’échelle de quadrats de 8x8km.

Column 1

Critères liés au risque d’entrée

Arrivée de marchandises et de passagers par voie maritime :

Moyenne du nombre de passagers annuels maritimes hors croisiéristes par quadrat déclaré par les compagnies de ferrys en 2023 et 2024 (flux totaux donc entrées + sorties).
On considère que ce critère est également un proxi de la quantité de marchandise qui arrive par voie maritime car une grande majorité des ferrys qui arrivent en corse transportent à la fois des passagers et des marchandises.

Source : corse.developpement-durable.gouv.fr dont la source initiale est la CCI de Corse, avec un traitement des données par DREAL/ORTC

Arrivée de marchandises et de passagers par voie aérienne

Moyenne du nombre de mouvements (totaux-locaux) des aéroports ou bases aériennes par quadrat sur les données disponibles sur 2022, 2023 et 2024 (années non connues pour la base aérienne).
L’importation officielle d’agrumes par avion étant marginale voir inexistante, on considère via ce critère le risque lié aux transports d’agrumes par des particuliers et des professionels sans déclaration auprès des douanes.

Sources : https://www.aeroport.fr (exemple : aéroport d’Ajaccio ) et Rapport du ministère de la défense sur la base de Solenzara

Column 2

Critères liés au risque d’établissement

Points de vente de plantes hors pépinières

Nombre de points de vente de plantes par quadrat sans reproduction de plants sur place.

Il peut s’agir de grandes et moyennes surfaces, de fleuristes ou de grossistes de fleuristes. Concernant les grandes et moyennes surfaces, la vente de plantes n’étant pas leur principale activité, cette dernière est potentiellement ponctuelle.

Source : FREDON-Corse

Pépinières généralistes et jardineries

Nombre de jardineries ou pépinières non-spécialisées sur la vente d’agrumes par quadrat.

Source : FREDON-Corse

Pépinières d’agrumes

Nombre de pépinières spécialisées sur les agrumes par quadrat.

Source : FREDON-Corse

Proxi de la présence de jardins individuels

Surfaces de zones urbaines diffuses par quadrat disponibles sur les cartes d’occupation du sol (CES OSO – THEIA).

Ce critère représente un proxi de la présence de zones résidentielles et donc de la présence de jardins au niveau desquels des agrumes pourraient être plantés. En effet, dans l’étude de Nunes et al. (2025), plusieurs indicateurs d’invasion de T. erytreae étaient positivement liés à la proportion de zones urbaines résidentielles, allant dans le sens d’un rôle non négligeable des agrumes en zone urbaine dans la propagation de la maladie.

Source : Theia

Culture d’agrumes

Surface d’agrumes par quadrat.

Ces dernières ont été calculées en prenant à la fois en compte le registre parcellaire géographique de 2023 (RPG), et les données du parcellaire de la Fredon-Corse.

Sources : IGN, via API via le package R happign et Fredon-Corse.

Favorabilité climatique pour T. erytreae

Favorabilité climatique pour T. erytreae par quadrat.

Cette dernière est calculée grâce à des modèles de niche (Nunes et al., soumis). Dans le cadre de ce critère comme pour le suivant sur Diaphorina citri, les facteurs abiotiques pris en compte dans le modèle sont du type : température moyenne du trimestre le plus froid (Bio11 dans Chelsa V2.1), plage journalière moyenne (Bio2), saisonnalité des précipitations (Bio15), précipitations du trimestre le plus sec (Bio17), saisonnalité des températures (Bio4), température moyenne annuelle (Bio1) ou encore précipitations du trimestre le plus froid (Bio19).

Favorabilité climatique pour D. citri

Favorabilité climatique pour D.citri par quadrat, calculée grâce à des modèles de niche (Nunes et al., soumis, voir explication ci-dessus).

Choix dont pondération

Column 1

Pondération des critères :

Column 2

Eléments de discussion

Concernant le choix des critères, le groupe d’experts a initialement balayé un large ensemble de critères potentiellement liés au risque d’introduction. Trois d’entre eux n’ont pas été pris en compte dans l’analyse finale faute de données. Le premier est relatif aux marchés sur lesquels sont vendus des plants d’agrumes (qu’il aurait été intéressant de prendre en compte en plus des zones de vente plus classiques comme les grandes surfaces et les pépinières). Le second est relatif à la présence de rutacées sauvages qui pourraient être des plantes-hôtes pour les deux espèces de psylles-vecteurs. A priori, les rutacées sauvages de Corse ne sont pas hôtes (HLB_Pest_survey_card) mais elle n’ont été ni formellement testées ni précisément cartographiées. Enfin les courants aériens sont un facteur de risque d’entrée des psylles mais ils n’ont pas été pris en compte. Leur modélisation est possible mais relève d’un travail de plus longue haleine.

Concernant le choix des poids, on remarque que les experts ont attribué des poids plus faibles aux critères liés à l’arrivée de marchandises par voie aérienne (poids de 2) et maritime (poids de 3). Ce choix peut paraître surprenant car ces derniers sont liés aux voies d’introduction de la bactérie et des psylles. Cependant, au cours des discussions, il a été rappelé que l’analyse multi-critères permet une hiérarchisation spatiale des quadrats et donc que ces critères sont en lien avec la diffusion de la bactérie et du psylle à proximité des ports et des aéroports. Au cours des discussions, il a été rappelé que les bactéries causales du HLB sont strictement inféodées aux agrumes et aux psylles, la bactérie ne survit pas dans l’environnement et ne peut pas se diffuser autour des ports et des aéroports sans la présence de psylles vecteurs adultes. De plus, le groupe d’experts a estimé qu’il était plus probable que les psylles arrivent dans les points d’entrée au stade larvaire qu’au stade adulte (probabilité de survie plus importante pendant le transport).

Ainsi, la probabilité de contamination des agrumes autour des ports et des aéroports a été estimée faible car il faudrait qu’un des 3 scénarios-types ci-dessous se vérifie :
(a) un plan d’agrume HLB+ importé et un psylle adulte sont importés de façon concomitante et le psylle-vecteur se déplace autour du point d’entrée et se nourrit sur un agrume à proximité. Cela suppose l’arrivée concomitante des deux organismes malgré les mesures phytosanitaires, la survie des psylles adultes pendant le transport et la présence d’un agrume autour du point d’entrée.
(b) un plan d’agrume HLB+ (potentiellement asymptomatique) a été planté précédemment à proximité du point d’entrée et se fait piquer par un psylle-vecteur importé.
(c) un plan d’agrume HLB+ importé se fait piquer au niveau du point d’entrée par un vecteur déjà présent sur le territoire Corse mais qui n’avait pas encore été détecté par les autorités sanitaires.
Ces différents scénarios sont transposables à d’autres zones. Ainsi, il a semblé plus probable aux experts que ces scénarios se produisent au niveau de pépinières, de jardins de particuliers et de cultures d’agrumes, expliquant le poids plus faible attribué aux points d’entrée. Malgré ce constat, il est important de continuer la surveillance des marchandises qui arrivent au niveau des points d’entrée.

Le poids attribué à la présence des pépinières spécialisées sur les agrumes a également été estimé plus faible que la présence de pépinières généralistes. Ce choix est en lien avec la sensibilisation des pépinières spécialisées à la problématique du HLB mais aussi au fait qu’elles se fournissent en Corse, minimisant les risques liés aux importations.

Pour finir, le poids lié à la favorabilité climatique de présence des psylles-vecteurs a été estimé comme haut, car la dissémination de la maladie ne peut pas être effective sans leur présence.



Résultats

Column 1

Carte du risque d’introduction

Tableau

Column 2

Interprétation

Vous pouvez zoomer sur la carte et passer votre souris sur les quadrats pour afficher plus d’informations.

La carte ci-contre représente les résultats issus de l’analyse multicritères réalisée avec la méthode PROMETHEE, qui permet d’évaluer le risque d’introduction de la maladie du HLB en fonction des données disponibles et de dires d’experts (voir onglet “Méthodologie”).

Une forte valeur de Phi signifie que le quadrat est plus à risque que les autres alors qu’une valeur négative ou proche de 0 signifie que le quadrat est moins à risque que les autres. Cette carte tend à montrer que certaines zones de la plaine orientale et les zones à proximité des points d’entrée en Corse (ports, aéroports) sont particulièrement à risque, y compris dans des endroits où la culture d’agrume n’est pas très commune (par exemple autour d’Ajaccio).

Ce résultat vient notamment du fait que :

  • l’entrée des psylles en Corse par transport de matériel végétal contaminé a été jugée possible (en particulier par voie maritime)

  • tous les agrumes sont sensibles à la maladie et relativement attractifs pour les psylles

  • en prenant en compte les jardins de particuliers, les jardins publics, les zones de vente de plantes et les parcelles agricoles, les agrumes sont largement répartis sur le territoire Corse.

Pour plus d’informations, voir l’onglet “Choix dont pondération”

Vigilance :
Ces résultats sont à interpréter avec prudence car ils peuvent évoluer avec les connaissances sur les bactéries et les psylles vecteurs.
Par ailleurs, quel que soit le niveau de risque pour une zone donnée, il convient d’éviter au maximum d’introduire des plants (et plus généralement du matériel biologique) provenant des départements et territoires d’outre-mer ou de l’étranger, afin de protéger au mieux nos agrumes.



Crédits


Date de la dernière mise à jour : 06/03/2026

Participation au panel d’experts : Gilles Cellier (ANSES, LSV), Camille Génévriez (DGAl, BSV), Laurent Julhia (INRAE, UE Citrus), Fréderic Labbé (CIRAD, UMR PVBMT), Virginie Ravigné (CIRAD, PHIM), Marie-Vicente Ristori (Chambre d’agriculture), Rémi Rossignol (FREDON-Corse), Nicolas Sauvion (INRAE, PHIM), Luc Tastevin (DDETSPP)

Coordination et production : Sandy Duperier (Plateforme ESV, INRAE, BioSP)

Contributions : Estelle SENAC (DRAAF-Corse)

Mise à disposition de données : FREDON-Corse