Le bulletin d’Épidémiosurveillance en Santé Végétale est une revue des actualités concernant la santé du végétal en Europe et à l’International. Il contribue à faciliter l’accès aux informations concernant la santé des végétaux et leur diffusion. Le bulletin est validé au préalable par une cellule éditoriale composée d’experts scientifiques et de collaborateurs partenaires ayant un rôle de conseillers.



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Sommaire
Sujet phytosanitaire Zone géographique Cultures Nature de l’information
ToBRFV Argentine Tomates, poivrons, piments Première notification du virus - Article scientifique
ToBRFV Argentine Tomates, poivrons, piments Évolution de la situation sanitaire
Popillia japonica Suisse Multi-espèces Première notification du ravageur dans les cantons de Zurich et du Valais
Généralités Pays de l’Union Européenne Multi-espèces Estimation des coûts économiques, présents et à venir, des invasions biologiques – Article scientifique
Veille non ciblée - Aleurocanthus spiniferus France métropolitaine Multi-espèces Première détection de l’aleurode épineux du citronnier en Occitanie

ToBRFV

Argentine / Tomates, poivrons, piments.

Première notification du virus – Article scientifique

Le rapport scientifique mentionnant la première détection du ToBRFV (virus des fruits bruns et rugueux de la tomate) en Argentine vient d’être publié. La primo infection a été confirmée à partir d’échantillons de feuilles de plants de tomates symptomatiques cultivés dans trois unités de production (serres) situées à Santa Lucía et Lavalle, des zones importantes de production de tomates dans la région de Corrientes. Les tests sérologiques ImmunoStrip® pour la recherche de PMMoV (virus de la marbrure légère du piment), ToBRFV et TMV (virus de la mosaïque du tabac) se sont révélés positifs, compte-tenu des réactions croisées possibles avec ces kits, un test RT-PCR suivi du séquençage des produits amplifiés a permis de montrer 99 % d’identité nucléotidique entre les échantillons des trois sites et la séquence publiée OM515256.1 du ToBRFV. Ces prélèvements avaient été réalisés en décembre 2022, alors que plus de 50 % des plantes dans les serres touchées présentaient des symptômes. Cette incidence élevée suggère une transmission mécanique de la maladie. Par ailleurs, les inoculations artificielles sur des plants de tomates sains âgés de trois semaines (cv. Río Grande) avec le broyat des feuilles symptomatiques des foyers primaires a conduit à l’expression de symptômes de mosaïque qui après analyse ImmunoStrip® se sont bien avérés positifs au ToBRFV. Des mesures de gestion sanitaires ont été mises en place sur les sites pour éviter la propagation du virus, via notamment la désinfection des outils, la destruction des plantes symptomatiques, la délimitation des zones de quarantaine et la surveillance des sites via l’analyse des échantillons collectés.

Évolution de l’état sanitaire

Depuis cette première détection en Argentine dans la région de Corrientes, des cas de ToBRFV ont également été rapportées dans la région de Buenos Aires, dans les villes de Mar del Plata et La Plata sur des échantillons prélevés en mars 2023.

Sources : Lien 1, Lien 2, Lien 3.


Figure 1 : Carte des foyers de ToBRFV en Argentine en 2022 et 2023. Source pour les nouveaux foyers : Lien.

Popillia japonica

Suisse (cantons de Zurich et du Valais) / Multi-espèces / Première détection du scarabée japonais.

La présence du scarabée japonais était connue en Suisse dans le canton du Tessin, au sud de l’arc alpin, depuis 2017 (voir la carte d’IPM Popillia relayée dans le BM N°52 et le BM N°49). Mi-juillet 2023, des individus de Popilla japonica ont été découverts vivants à Kloten, une ville du canton de Zurich, il s’agit d’une première détection dans le nord-est de la Suisse. Des zones délimitées ont été mises en place et des mesures d’éradication ont été prises urgemment pour éviter la propagation du ravageur aux cantons et aux pays voisins. Par exemple, pour empêcher la ponte des scarabées japonais dans un sol humide (condition idéale de ponte), l’arrosage des pelouses et des espaces verts est interdit jusqu’à fin septembre. De même, le déplacement de terre, de compost, et de tout matériel végétal fait l’objet de restrictions ou d’interdictions. Toute la ville de Kloten est considérée zone infectée (ZI), la zone tampon entourant la ZI comprend les communes suivantes (en partie ou totalité) : Bachenbülach, Bassersdorf, Brüttisellen, Brütten, Bülach, Dietlikon, Dübendorf, Embrach, Glattbrugg, Höri, Kloten, Lindau, Lufingen, Niederglatt, Niederhasli, Nürensdorf, Oberembrach, Oberglatt, Oberhasli, Opfikon, Regensdorf, Rorbas, Rümlang, Wallisellen, Winkel, Zurich. Dans la ZI, des traitements insecticides sont appliqués pour lutter directement contre les scarabées japonais (acétamipride), ou pour les attirer dans des pièges munis de filets traités à la pyréthroïde (voir le règlement général de l’Office cantonal concernant le scarabée japonais ici).

Afin de comprendre l’origine de l’introduction de la population de P. japonica à Kloten, des analyses génomiques sont en cours dont les conclusions devraient être communiquées dans les prochaines semaines.

Le foyer de P. japonica présent depuis plusieurs années en Italie et en Suisse (canton du Tessin) continue de s’étendre avec des premières détections du ravageur dans le canton du Valais, dans les communes de Zwischbergen et Simplon.

Sources : Lien 1, Lien 2, Lien 3, Lien 4.

Généralités

Pays de l’Union Européenne / Multi-espèces / Estimation des coûts économiques, présents et à venir, des invasions biologiques – Article scientifique.

L’accroissement des échanges commerciaux et du transport de marchandises augmentent le risque d’introduction et de propagation d’espèces exotiques envahissantes. L’Union Européenne (UE) est particulièrement vulnérable à ces invasions malgré son règlement 1143/2014 relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes. L’évaluation des coûts des invasions biologiques pour certains États membres a été réalisée mais elle repose généralement sur des systèmes de notation incomplets (lacunes spatiales et taxonomiques), ne permettant pas une généralisation ou une prédiction élargie, suggérant, de fait, une sous-estimation des coûts économiques.

Le coût économique des invasions biologiques à l’échelle de l’UE a été estimé récemment par Henry et al. (2023) en utilisant la base de données InvaCost (v4.1, la plus complète sur les coûts des invasions biologiques) pour les 27 États membres. Les auteurs ont utilisé des approches macroéconomiques de mise à l’échelle et de modélisation temporelle pour projeter les informations disponibles sur les coûts en fonction des lacunes taxonomiques et spatio-temporelles. Un sous-ensemble du jeu de données observées considéré très fiable (49 espèces sur la période 1980-2017) a été utilisé pour estimer les coûts non déclarés pour tous les États membres (projections jusqu’en 2040).

Les analyses ont permis de montrer que les impacts économiques de ces invasions biologiques dans l’UE n’ont été estimés que pour 259 des 13 000 espèces exotiques établies sur le territoire de l’Union, soit seulement 1 % d’entre-elles. L’estimation du coût total des invasions biologiques dans tous les Etats Membres de 1960 à 2020 (rapporté dans InvaCost) s’élevait à 138,6 milliards d’euros (valeur de 2022). Le coût annuel moyen incluant les valeurs extrêmes de 1970 à 2020 était de 151,4 millions d’euros, passant d’environ 20 millions d’€/an dans les années 1970 à 485 millions d’€/an dans les années 2010. Les résultats ont montré que les tendances décennales suivaient l’évolution des coûts déclarés avec la plus forte augmentation entre les années 1980 et 1990. Les projections des coûts observés et spécifiques aux espèces s’élevaient à 6,8 milliards d’€/an et atteignaient avec l’ajout des coûts manquants, 12,4 milliards d’€/an (+ 153 %). L’ampleur des coûts projetés variait considérablement d’un pays membre à l’autre. Le coût économique prédit de ces invasions biologiques dans l’UE devrait atteindre plus de 142,73 milliards d’euros d’ici 2040 si rien n’est fait entre-temps. D’après les auteurs, il y a donc urgence à améliorer la fiabilité des évaluations d’impacts économiques en tenant compte des coûts monétaires résultants de la perte et de l’endommagement des ressources ainsi que des actions de gestion.

Dans leur conclusion, les auteurs incitent à améliorer les rapports portant sur les coûts afin de clarifier les impacts économiques les plus préoccupants, et également à conduire une action internationale coordonnée pour prévenir et atténuer les impacts écologiques, socioculturels et économiques des espèces exotiques envahissantes au sein de l’Union européenne et dans le monde.

Sources : Lien 1, Lien 2.

Veille non ciblée - Aleurocanthus spiniferus

France métropolitaine – Gard et Hérault (région Occitanie) / Multi-espèces / Première détection de l’aleurode épineux du citronnier.

La présence de l’insecte Aleurocanthus spiniferus, encore appelé l’aleurode épineux du citronnier, a été confirmée en Occitanie dans les départements du Gard (communes de Aimargues, Aubord, Bernis, Bouillargues, Congénies, Junas, Nîmes, Saint-Gilles, Saint-Laurent-d’Aigouze, Uchaud, Vauvert et Vestric-et-Candiac) et de l’Hérault (communes de Lunel et Saint-Nazaire-de-Pézan). La confirmation de la présence de l’insecte est en cours pour les communes de Langlade et Le Cailar (Gard) ainsi que pour Boisseron (Hérault).

Les genres et espèces de plantes trouvées infestées en Occitanie sont les suivants : agrumes (Citrus L.), lierre (Hedera helix L.), grenadier (Punica granatum L.), kaki (Diospyros kaki L.), fruitiers à pépins ou d’ornement tels que pommiers, poiriers, cognassier, néflier, aubépine, amélanchier, buisson-ardent (Malus Mill., Pyrus L., Cydonia oblonga, Eriobotrya japonica, Crataegus, Amelanchier, Pyracantha M. Roem. ), laurier-cerise (Prunus laurocerasus), arbre de Judée (Cercis siliquastrum), magnolia (Magnolia L.), saule gris (Salix cinerea), faux-aralia (Fatsia japonica), poivre du Sichuan (Zanthoxylum piperitum), rosier (Rosa L .), vigne (Vitis vinifera) et vigne vierge (Parthenocissus Planch.).

A. spiniferus est un organisme de quarantaine au titre de la réglementation phytosanitaire de l’Union européenne (règlement 2019/2072). Depuis cette première détection en France métropolitaine, les communes touchées ont le statut de zones infectées. Ainsi, elles restent sous surveillance et sont soumises à des restrictions et des mesures de lutte visant à éradiquer ou enrayer l’organisme nuisible s’il est constaté officiellement que l’éradication est impossible (signalement, traitement insecticide et destruction des produits végétaux infestés obligatoire).

La DRAAF-SRAL Occitanie (sral.draaf-occitanie@agriculture.gouv.fr) invite les opérateurs professionnels et les particuliers à lui signaler toute présence d’insecte ‘suspect’ (larves ou adultes, voir la fiche de reconnaissance SORE), en joignant si possible une ou plusieurs photos des insectes observés.

Sources : Lien 1, Lien 2, Lien 3.