Rédaction : Pieretti Isabelle
Relecture
experte du domaine : Martinetti Davide (unité BioSP, INRAE)
Relecture (par ordre alphabétique) : Aldebert
Korgan, David Guillaume, Duperier Sandy, Quillévéré Anne (membres du
comité éditorial).
Carte (Figure 2) : Aldebert
Korgan
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d’Utilisation Commerciale - Pas de modification
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Popillia japonica s’attaque à une large variété de
plantes cultivées et sauvages, comptant plus de 400 espèces hôtes (dont
au moins 138 hôtes préférentiels) (Tayeh et al., 2023). Le ravageur cible
notamment les vignes, les arbres fruitiers et les forêts, mais aussi des
espaces non agricoles comme les jardins publics et les gazons sportifs.
Les scarabées japonais adultes se nourrissent préférentiellement des
feuilles, en grignotant entre les nervures, ce qui leur donne un aspect
dentelé et peut entraîner une défoliation complète de l’hôte. Ils
peuvent également consommer des fruits, ainsi que des fleurs. Les
larves, quant à elles, se nourrissent des radicelles, provoquant une
réduction du volume des racines, un stress hydrique et une perte de
vitalité des plantes hôtes. Ce phénomène est particulièrement visible
sur les graminées des gazons, les prairies et les plantes légumières,
entraînant jaunissement et flétrissement des plantes (SORE ; ANSES). Par conséquent, lors d’infestations
importantes, comme celles observées dans certaines régions suisses ou
italiennes, les dégâts peuvent entraîner la mort des plantes et/ou une
perte totale de la valeur commerciale des récoltes ou encore impacter
l’environnement. Les dommages économiques résultent des pertes de
rendement et de qualité des productions agricoles et des coûts de
remplacement ou de remise en état. Ils résultent également des dépenses
liées aux mesures de lutte mises en œuvre par les agriculteurs, les
particuliers et les services phytosanitaires. Ces impacts concernent
également certains secteurs non agricoles, tels que les terrains de golf
ou les espaces verts, qui peuvent subir des coûts importants de gestion
et de réhabilitation.
Appartenant à la famille des Scarabaeidae (sous-famille
Rutelinae), P. japonica a été décrit pour la première fois par
Edward Newman en 1841 (ou 1838 selon les références). Le genre
Popillia comprend plus de 300 espèces principalement
originaires d’Asie et d’Afrique, mais P. japonica est
actuellement le seul représentant établi en Europe centrale.
Morphologie et stades biologiques
Les
adultes mesurent 8 à 12 mm, présentent une tête et un
pronotum vert métallique, des élytres brun cuivré et se caractérisent
par cinq touffes de poils blancs de chaque côté de l’abdomen et deux
touffes supplémentaires sur le dernier segment abdominal, un critère
distinctif majeur. Les femelles pondent leurs œufs dans
le sol. Les larves passent par trois stades de
développement jusqu’à l’automne avant d’entrer en diapause hivernale.
Les larves, appelées vers blancs, sont blanchâtres et incurvées en forme
de « C », elles peuvent être identifiées par la disposition
caractéristique des soies en forme de « V » sur le dernier segment
abdominal, ce qui permet de les distinguer des autres scarabéidés (comme
le hanneton des jardins ou le hanneton horticole en France). Le
stade prénymphal correspondant à une larve mature qui
cesse de s’alimenter et dont l’intestin se vide, ce qui rend l’extrémité
de l’abdomen entièrement blanche. Il est suivi du stade nymphal, durant
lequel l’insecte, d’environ 14 mm de long, présente déjà la morphologie
de l’adulte, bien que les ailes, les pattes et les antennes soient
encore repliées et non fonctionnelles. La coloration évolue
progressivement du blanchâtre au vert métallique, et une excroissance
trilobée visible chez les mâles permet de distinguer les sexes dès ce
stade (Agroscope Transfer 2025 ; SORE).
Naturellement, le scarabée japonais vole
rarement au-delà d’1 km, même si une étude a démontré qu’il pouvait
parcourir jusqu’à 12 km en une journée en Italie (Lessio et al., 2022). La propagation
annuelle de l’espèce à partir du lieu d’introduction varie selon les
zones géographiques et l’adéquation du milieu : 3 à 24 km par an aux
États-Unis, environ 2 km par an aux Açores (Portugal), et 4,5 à 13,8 km
par an en Italie (Agroscope Transfer 2025).
Originaire du Japon, P. japonica a été détecté pour la
première fois hors de son aire d’origine en 1916 dans l’État du New
Jersey, dans une pépinière de Riverton aux États-Unis, où il s’est
progressivement établi dans un très grand nombre d’États (voir Plan d’harmonisation
aux États-Unis, 2024), ainsi qu’au Canada depuis 1939,
principalement sur la côte est, en Colombie-Britannique (voir les zones réglementées, 2025).
En Europe, en dépit des mesures d’éradication, l’espèce a pu s’établir dans l’archipel des Açores (île de Terceira) depuis les années 1970, avant de s’étendre progressivement à huit des neuf îles de l’archipel, notamment São Miguel (2003) et São Jorge (2007). En Europe continentale, le premier signalement remonte à 2014 en Italie avec la découverte du ravageur dans le parc régional du Val Tessin qui sépare les deux régions limitrophes italiennes, Piemont et Lombardie, à proximité des aéroports de Milan-Malpensa et Cameri (OEPP Italie). La population italienne a fini par atteindre quatre régions (Lombardie, Piémont, Val d’Aoste et Émilie-Romagne) avant de rejoindre trois ans plus tard la Suisse (canton du Tessin) et de se propager à d’autres cantons (Valais, Zurich, Bâle, Schwyz) (OEPP Suisse 2017-23). En 2024, des individus isolés ont été capturés dans les cantons d’Argovie, de Lucerne, des Grisons, de Schaffhouse, du Tessin, d’Uri, du Valais, de Soleure et de Zurich, en dehors des zones délimitées (OEPP Suisse 2025). Entre 2014 et 2024, la dynamique de l’invasion biologique est telle que l’aire de répartition s’étend rapidement du sud de la Suisse au nord de Gênes. À l’ouest, le front de colonisation était situé en limite du territoire français, sur une ligne partant de la Haute-Savoie jusqu’au Briançonnais, longeant le Parc national de la Vanoise et le Parc naturel régional du Queyras. Trois foyers de détection isolés ont été cartographiés en 2023 au nord des Alpes près de Zurich et dans la région du Frioul-Vénétie en Italie. En France, la première détection du scarabée japonais a été enregistrée début juillet 2025, avec la capture de deux adultes (auto-stoppeurs) dans des pièges installés dans le Haut-Rhin, à Mulhouse et à Saint-Hippolyte (EFSA 2025 ; Agroscope Transfer 2025 ; IPM Popillia ; Communiqué de presse DRAAF Grand-Est).
Le rapport de l’EFSA (EFSA 2025) mentionne que l’aire potentielle d’établissement de P. japonica concernerait toutes les régions de l’UE où le cumul des degrés-jours est supérieur à 711, avec un seuil minimal de développement de 10°C. Les estimations basées sur les hypothèses considérées pour l’analyse indiquent par ailleurs que le délai entre le transfert du ravageur vers un hôte approprié et le début de la propagation de sa population (période de latence) serait en moyenne de 7 ans (IC 95% : 5-13 ans). La distance parcourue en un an par le front d’expansion d’une population de P. japonica serait en moyenne de 7 km (IC 95% : 1-17 km).
Des cartes de risque d’établissement du scarabée japonais ont été établies afin d’améliorer les stratégies de surveillance, de confinement et d’éradication, notamment en Europe continentale où une invasion récente est en cours (Borner et al., 2023 ; BM N°47). Les résultats ont montré que les variables climatiques (e.g. températures moyennes de l’air et du sol, précipitations, évapotranspiration, ruissellement), celles liées aux activités anthropiques (e.g. densité de la population humaine, temps de trajet vers les villes les plus proches et densité des routes) et à l’utilisation des terres (e.g. zones forestières et urbaines) contribuaient le plus aux prédictions du modèle. Sur la base des variables climatiques considérées dans l’étude, les sites avec les plus fortes variations annuelles et les plus faibles variations journalières étaient particulièrement favorables à la distribution du scarabée. Concernant l’Europe continentale, les zones de qualité environnementale prédites comme étant les moins propices à P. japonica se trouvent le long du littoral de la mer Méditerranée (péninsule ibérique, sud de l’Italie, Grèce, Anatolie), dans la partie nord du continent (îles britanniques, Scandinavie, côtes de la mer baltique) et en Europe de l’Est. Les zones prédites à risque modéré concernent le sud-ouest de la France (à proximité des Pyrénées), la Bretagne et les côtes belges et néerlandaises. Alors que les zones présentant un risque élevé concernent les contreforts des Alpes (nord au sud), le nord des Balkans, et les rives orientales de la mer Noire.