Le Bulletin Sanitaire du Groupe de Travail Veille Sanitaire International (GT VSI) vise à faire une synthèse de l’évolution de l’état sanitaire et réglementaire d’un organisme nuisible réglementé ciblé, à l’échelle de la France, de l’UE, et parfois plus largement à l’échelle internationale. Ce bulletin validé par une cellule éditoriale composée d’experts scientifiques et de collaborateurs partenaires ayant un rôle de conseillers, donne accès aux informations mises à jour sur le web, et collectées sur une période temporelle variable.


Rédaction : Pieretti Isabelle
Relecture experte du domaine : Martinetti Davide (unité BioSP, INRAE)
Relecture (par ordre alphabétique) : Aldebert Korgan, David Guillaume, Duperier Sandy, Quillévéré Anne (membres du comité éditorial).
Carte (Figure 2) : Aldebert Korgan



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1. L’essentiel à savoir


Originaire d’Asie, Popillia japonica, que l’on nomme communément le « scarabée japonais » est aujourd’hui présent dans plusieurs régions d’Europe. Il constitue une menace importante pour de nombreuses cultures en raison de sa forte polyphagie et de son fort potentiel d’expansion. Il s’agit d’un organisme de quarantaine prioritaire à l’échelle de l’Union européenne (Règlement (UE) 2016/ 2031). En Europe, l’OEPP précise que l’insecte est établi de manière restreinte dans certains pays (Italie, Açores au Portugal, Suisse) et qu’il est présent dans d’autres pays de manière transitoire (Slovénie, Espagne, France), à travers quelques occurrences (Allemagne) ou via des interceptions (Belgique, Autriche, et possiblement Croatie, pays pour lequel le statut OEPP n’est pas encore connu). En France, les dispositifs de surveillance visent à détecter précocement toute introduction de P. japonica afin de déclencher des mesures d’éradication précoces. Notamment dans les zones frontalières et au niveau des infrastructures de transport.

2. Pourquoi ce ravageur est-il préoccupant ?


Popillia japonica s’attaque à une large variété de plantes cultivées et sauvages, comptant plus de 400 espèces hôtes (dont au moins 138 hôtes préférentiels) (Tayeh et al., 2023). Le ravageur cible notamment les vignes, les arbres fruitiers et les forêts, mais aussi des espaces non agricoles comme les jardins publics et les gazons sportifs. Les scarabées japonais adultes se nourrissent préférentiellement des feuilles, en grignotant entre les nervures, ce qui leur donne un aspect dentelé et peut entraîner une défoliation complète de l’hôte. Ils peuvent également consommer des fruits, ainsi que des fleurs. Les larves, quant à elles, se nourrissent des radicelles, provoquant une réduction du volume des racines, un stress hydrique et une perte de vitalité des plantes hôtes. Ce phénomène est particulièrement visible sur les graminées des gazons, les prairies et les plantes légumières, entraînant jaunissement et flétrissement des plantes (SORE ; ANSES). Par conséquent, lors d’infestations importantes, comme celles observées dans certaines régions suisses ou italiennes, les dégâts peuvent entraîner la mort des plantes et/ou une perte totale de la valeur commerciale des récoltes ou encore impacter l’environnement. Les dommages économiques résultent des pertes de rendement et de qualité des productions agricoles et des coûts de remplacement ou de remise en état. Ils résultent également des dépenses liées aux mesures de lutte mises en œuvre par les agriculteurs, les particuliers et les services phytosanitaires. Ces impacts concernent également certains secteurs non agricoles, tels que les terrains de golf ou les espaces verts, qui peuvent subir des coûts importants de gestion et de réhabilitation.

Dans les zones d’établissement potentiel de P. japonica au sein de l’UE, les pertes de rendement estimées dans le rapport de l’EFSA (rapport EFSA 2025 visant à appuyer le classement des organismes nuisibles prioritaires candidats de l’UE) varient selon les cultures. Pour la vigne, la perte moyenne a été estimée à 6,5% (intervalle de confiance IC95% : 1-21%). Dans les fruits rouges, les pertes sont plus importantes, elles pourraient atteindre en moyenne 18,7% (IC95% : 2-57,7%). Pour les fruits à noyau, la perte moyenne a été estimée à 3,2% (IC95% : 0,7-8,9%). Dans le maïs, l’impact serait plus limité, avec une perte moyenne de 1%, (IC95% : 0,1-3,9%). Enfin, pour les gazons des terrains de sport, terrains de golf et pelouses, la perte de rendement moyenne a été estimée à 2,2% (IC 95% : 0,2-8,3%). L’analyse de l’impact environnemental met également en évidence plusieurs effets potentiels dans le rapport. L’impact moyen sur les services écosystémiques a été estimé à 0,19%. Une réduction moyenne de la biodiversité au niveau des communautés d’espèces pourrait atteindre 3,5%. Par ailleurs, 19,9% des zones situées dans les sites Natura 2000 pourraient être menacées. Enfin, l’impact sur l’état de conservation des espèces a été estimé à 9,6%. Une étude scientifique conduite à l’échelle européenne a estimé que dans le futur (scénario climatique RCP 8,5, période 2040-2069), en l’absence de mesures de gestion, les dommages liés à P. japonica coûteraient annuellement entre 30 millions et 7,8 milliards d’euros selon le niveau d’infestation et les cultures touchées. Pour la France, les pertes économiques pour la viticulture atteindraient 92 millions d’euros par an (Straubinger et al., 2022). Cela souligne l’importance d’investir dans les mesures de biosécurité et de gestion pour éviter l’introduction et l’établissement du scarabée japonais.

3. Éléments clés sur la biologie et l’identification de l’espèce


Appartenant à la famille des Scarabaeidae (sous-famille Rutelinae), P. japonica a été décrit pour la première fois par Edward Newman en 1841 (ou 1838 selon les références). Le genre Popillia comprend plus de 300 espèces principalement originaires d’Asie et d’Afrique, mais P. japonica est actuellement le seul représentant établi en Europe centrale.

Morphologie et stades biologiques
Les adultes mesurent 8 à 12 mm, présentent une tête et un pronotum vert métallique, des élytres brun cuivré et se caractérisent par cinq touffes de poils blancs de chaque côté de l’abdomen et deux touffes supplémentaires sur le dernier segment abdominal, un critère distinctif majeur. Les femelles pondent leurs œufs dans le sol. Les larves passent par trois stades de développement jusqu’à l’automne avant d’entrer en diapause hivernale. Les larves, appelées vers blancs, sont blanchâtres et incurvées en forme de « C », elles peuvent être identifiées par la disposition caractéristique des soies en forme de « V » sur le dernier segment abdominal, ce qui permet de les distinguer des autres scarabéidés (comme le hanneton des jardins ou le hanneton horticole en France). Le stade prénymphal correspondant à une larve mature qui cesse de s’alimenter et dont l’intestin se vide, ce qui rend l’extrémité de l’abdomen entièrement blanche. Il est suivi du stade nymphal, durant lequel l’insecte, d’environ 14 mm de long, présente déjà la morphologie de l’adulte, bien que les ailes, les pattes et les antennes soient encore repliées et non fonctionnelles. La coloration évolue progressivement du blanchâtre au vert métallique, et une excroissance trilobée visible chez les mâles permet de distinguer les sexes dès ce stade (Agroscope Transfer 2025 ; SORE).

Cycle de vie
Le développement et la dynamique des populations de P. japonica sont fortement dépendants de la température, qui influence sa survie, sa reproduction et sa phénologie. L’espèce produit généralement une génération par an (on parle d’espèce univoltine), bien que le cycle puisse s’étendre sur deux ans dans les régions plus froides. Les femelles peuvent s’accoupler plusieurs fois, elles pondent 40 à 60 œufs dans le sol durant l’été, souvent dans des prairies humides, à une profondeur de 10 cm environ. L’humidité du sol est un facteur important, un sol trop sec ne garantit pas la survie des larves, c’est la raison pour laquelle les femelles vont toujours chercher une zone humide et ombragée pour la ponte. Les larves éclosent deux semaines plus tard et se nourrissent des racines avant de muer puis d’hiverner dans le sol à une profondeur d’environ 15 à 30 cm. Au printemps, lorsque la température du sol dépasse 10°C, les larves remontent vers la surface pour se nourrir des racines avant de se nymphoser au printemps. Les adultes émergent entre mai et septembre (pic en juillet) et vivent environ 4 à 6 semaines. Peu après l’éclosion, les scarabées japonais commencent à se nourrir des feuilles, des pousses et des fruits et ne tardent pas à se reproduire. Ils se montrent surtout actifs lorsque les températures se situent entre 20 et 35°C, que le vent est faible et l’humidité de l’air supérieure à 60% (SORE ; ANSES ; Figure 1).

Figure 1 : Cycle de vie du scarabée japonais (© Magdalena Wey, Agroscope Transfer 2025).

4. Risque d’introduction et de dispersion


Naturellement, le scarabée japonais vole rarement au-delà d’1 km, même si une étude a démontré qu’il pouvait parcourir jusqu’à 12 km en une journée en Italie (Lessio et al., 2022). La propagation annuelle de l’espèce à partir du lieu d’introduction varie selon les zones géographiques et l’adéquation du milieu : 3 à 24 km par an aux États-Unis, environ 2 km par an aux Açores (Portugal), et 4,5 à 13,8 km par an en Italie (Agroscope Transfer 2025).

La dissémination du scarabée japonais par les activités humaines est bien plus rapide. Les modes de transport (véhicules, avions et bateaux) et les marchandises peuvent transporter des insectes adultes « clandestins » ou « auto-stoppeurs ». Les premières détections ont généralement lieu à proximité d’aéroports, de gares, de ports ou d’aires d’autoroutes. Les œufs et larves, quant à eux, se propagent uniquement via le transport de terre végétale, le commerce de gazon en rouleau ou des végétaux avec substrat destinés à la plantation (Agroscope Transfer 2025 ; SORE). Une étude a évalué le risque d’introduction de P. japonica en Europe via trois modes de transport (aérien, ferroviaire, routier) depuis la zone infestée (fin 2022), en combinant les données de connectivité par une méthode de classement. Dans cette étude, le transport aérien apparaît comme le principal vecteur de dispersion à longue distance, tandis que le ferroviaire et le routier génèrent un risque plus localisé aux pays limitrophes. L’indice composite de risque a mis en évidence de nombreuses régions à fort risque en Italie, en Allemagne, en Suisse et en France, ainsi que quelques grandes métropoles européennes dispersées à risque très élevé du fait de leur connectivité aérienne (Borner et al., 2024 ; BM N°55). En France, les zones les plus exposées au risque d’introduction secondaire sont les régions frontalières de la zone infestée ainsi que les départements disposant d’un aéroport international ou d’importants nœuds routiers (comme Paris, Toulouse, Lyon, Marseille, Bordeaux ou Nantes), pour lesquels le niveau d’accessibilité est estimé de modéré à élevé.

5. Expansion mondiale et établissement en Europe


Originaire du Japon, P. japonica a été détecté pour la première fois hors de son aire d’origine en 1916 dans l’État du New Jersey, dans une pépinière de Riverton aux États-Unis, où il s’est progressivement établi dans un très grand nombre d’États (voir Plan d’harmonisation aux États-Unis, 2024), ainsi qu’au Canada depuis 1939, principalement sur la côte est, en Colombie-Britannique (voir les zones réglementées, 2025).

En Europe, en dépit des mesures d’éradication, l’espèce a pu s’établir dans l’archipel des Açores (île de Terceira) depuis les années 1970, avant de s’étendre progressivement à huit des neuf îles de l’archipel, notamment São Miguel (2003) et São Jorge (2007). En Europe continentale, le premier signalement remonte à 2014 en Italie avec la découverte du ravageur dans le parc régional du Val Tessin qui sépare les deux régions limitrophes italiennes, Piemont et Lombardie, à proximité des aéroports de Milan-Malpensa et Cameri (OEPP Italie). La population italienne a fini par atteindre quatre régions (Lombardie, Piémont, Val d’Aoste et Émilie-Romagne) avant de rejoindre trois ans plus tard la Suisse (canton du Tessin) et de se propager à d’autres cantons (Valais, Zurich, Bâle, Schwyz) (OEPP Suisse 2017-23). En 2024, des individus isolés ont été capturés dans les cantons d’Argovie, de Lucerne, des Grisons, de Schaffhouse, du Tessin, d’Uri, du Valais, de Soleure et de Zurich, en dehors des zones délimitées (OEPP Suisse 2025). Entre 2014 et 2024, la dynamique de l’invasion biologique est telle que l’aire de répartition s’étend rapidement du sud de la Suisse au nord de Gênes. À l’ouest, le front de colonisation était situé en limite du territoire français, sur une ligne partant de la Haute-Savoie jusqu’au Briançonnais, longeant le Parc national de la Vanoise et le Parc naturel régional du Queyras. Trois foyers de détection isolés ont été cartographiés en 2023 au nord des Alpes près de Zurich et dans la région du Frioul-Vénétie en Italie. En France, la première détection du scarabée japonais a été enregistrée début juillet 2025, avec la capture de deux adultes (auto-stoppeurs) dans des pièges installés dans le Haut-Rhin, à Mulhouse et à Saint-Hippolyte (EFSA 2025 ; Agroscope Transfer 2025 ; IPM Popillia ; Communiqué de presse DRAAF Grand-Est).

Le rapport de l’EFSA (EFSA 2025) mentionne que l’aire potentielle d’établissement de P. japonica concernerait toutes les régions de l’UE où le cumul des degrés-jours est supérieur à 711, avec un seuil minimal de développement de 10°C. Les estimations basées sur les hypothèses considérées pour l’analyse indiquent par ailleurs que le délai entre le transfert du ravageur vers un hôte approprié et le début de la propagation de sa population (période de latence) serait en moyenne de 7 ans (IC 95% : 5-13 ans). La distance parcourue en un an par le front d’expansion d’une population de P. japonica serait en moyenne de 7 km (IC 95% : 1-17 km).

Des cartes de risque d’établissement du scarabée japonais ont été établies afin d’améliorer les stratégies de surveillance, de confinement et d’éradication, notamment en Europe continentale où une invasion récente est en cours (Borner et al., 2023 ; BM N°47). Les résultats ont montré que les variables climatiques (e.g. températures moyennes de l’air et du sol, précipitations, évapotranspiration, ruissellement), celles liées aux activités anthropiques (e.g. densité de la population humaine, temps de trajet vers les villes les plus proches et densité des routes) et à l’utilisation des terres (e.g. zones forestières et urbaines) contribuaient le plus aux prédictions du modèle. Sur la base des variables climatiques considérées dans l’étude, les sites avec les plus fortes variations annuelles et les plus faibles variations journalières étaient particulièrement favorables à la distribution du scarabée. Concernant l’Europe continentale, les zones de qualité environnementale prédites comme étant les moins propices à P. japonica se trouvent le long du littoral de la mer Méditerranée (péninsule ibérique, sud de l’Italie, Grèce, Anatolie), dans la partie nord du continent (îles britanniques, Scandinavie, côtes de la mer baltique) et en Europe de l’Est. Les zones prédites à risque modéré concernent le sud-ouest de la France (à proximité des Pyrénées), la Bretagne et les côtes belges et néerlandaises. Alors que les zones présentant un risque élevé concernent les contreforts des Alpes (nord au sud), le nord des Balkans, et les rives orientales de la mer Noire.

6. Origine et processus d’invasion de P. japonica en Europe


L’insecte P. japonica, originaire du Japon, est aujourd’hui un organisme nuisible largement invasif en Amérique du Nord et en Europe. Une récente analyse de 85 séquences de génomes mitochondriaux complets (21 provenant du Japon, 22 des États-Unis et du Canada, 20 des Açores et 22 d’Italie et du Tessin) montre que les populations invasives proviennent du centre/nord du Japon (îles de Honshu et d’Hokkaido) et résultent de multiples introductions, avec deux invasions distinctes en Europe suivies d’une faible différenciation locale (Nardi et al., 2024). Les résultats de l’étude suggèrent que l’introduction et l’expansion dans le nord-est des États-Unis aient impliqué plusieurs lignées, mais qu’une seule d’entre elles ait ensuite connu une expansion majeure, étant à l’origine de toutes les introductions récentes aux États-Unis ainsi qu’en Europe. Par ailleurs, les individus suisses et italiens forment une population unique. En complément, une autre étude basée sur des données de séquences génomiques de 63 individus collectés sur l’ensemble de l’aire de répartition de l’insecte, a permis de montrer que les populations invasives, notamment aux Açores et en Italie, provenaient d’introductions indépendantes depuis les États-Unis, et que le succès de l’espèce reposait principalement sur une diversité génétique préexistante (traits pré-adaptatifs) plutôt que sur une adaptation récente (Funari et al., 2025 ; BM N°70). Concernant plus précisément la Suisse, une analyse génomique et phylogénétique basée sur 42 individus issus de zones infestées suisses et des échantillons internationaux, a permis d’identifier plusieurs schémas de migration distincts. Les populations de Bâle, du Valais et de Suisse centrale proviendraient probablement du Tessin et du nord de l’Italie via les transports terrestres (route et rail). En revanche, la population proche de l’aéroport de Zurich résulterait d’une introduction indépendante depuis l’Amérique du Nord, probablement via le transport aérien (Pedrazzini et al., 2026).

7. Situation sanitaire en Europe en 2025