Rédaction : Pieretti Isabelle
Relecture
experte du domaine : Martinetti Davide (unité BioSP, INRAE)
Relecture (par ordre alphabétique) : Aldebert
Korgan, David Guillaume, Duperier Sandy, Quillévéré Anne (membres du
comité éditorial).
Carte (Figure 2) : Aldebert
Korgan
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Popillia japonica s’attaque à une large variété de
plantes cultivées et sauvages, comptant plus de 400 espèces hôtes (dont
au moins 138 hôtes préférentiels) (Tayeh et al., 2023). Le ravageur cible
notamment les vignes, les arbres fruitiers et les forêts, mais aussi des
espaces non agricoles comme les jardins publics et les gazons sportifs.
Les scarabées japonais adultes se nourrissent préférentiellement des
feuilles, en grignotant entre les nervures, ce qui leur donne un aspect
dentelé et peut entraîner une défoliation complète de l’hôte. Ils
peuvent également consommer des fruits, ainsi que des fleurs. Les
larves, quant à elles, se nourrissent des radicelles, provoquant une
réduction du volume des racines, un stress hydrique et une perte de
vitalité des plantes hôtes. Ce phénomène est particulièrement visible
sur les graminées des gazons, les prairies et les plantes légumières,
entraînant jaunissement et flétrissement des plantes (SORE ; ANSES). Par conséquent, lors d’infestations
importantes, comme celles observées dans certaines régions suisses ou
italiennes, les dégâts peuvent entraîner la mort des plantes et/ou une
perte totale de la valeur commerciale des récoltes ou encore impacter
l’environnement. Les dommages économiques résultent des pertes de
rendement et de qualité des productions agricoles et des coûts de
remplacement ou de remise en état. Ils résultent également des dépenses
liées aux mesures de lutte mises en œuvre par les agriculteurs, les
particuliers et les services phytosanitaires. Ces impacts concernent
également certains secteurs non agricoles, tels que les terrains de golf
ou les espaces verts, qui peuvent subir des coûts importants de gestion
et de réhabilitation.
Appartenant à la famille des Scarabaeidae (sous-famille
Rutelinae), P. japonica a été décrit pour la première fois par
Edward Newman en 1841 (ou 1838 selon les références). Le genre
Popillia comprend plus de 300 espèces principalement
originaires d’Asie et d’Afrique, mais P. japonica est
actuellement le seul représentant établi en Europe centrale.
Morphologie et stades biologiques
Les
adultes mesurent 8 à 12 mm, présentent une tête et un
pronotum vert métallique, des élytres brun cuivré et se caractérisent
par cinq touffes de poils blancs de chaque côté de l’abdomen et deux
touffes supplémentaires sur le dernier segment abdominal, un critère
distinctif majeur. Les femelles pondent leurs œufs dans
le sol. Les larves passent par trois stades de
développement jusqu’à l’automne avant d’entrer en diapause hivernale.
Les larves, appelées vers blancs, sont blanchâtres et incurvées en forme
de « C », elles peuvent être identifiées par la disposition
caractéristique des soies en forme de « V » sur le dernier segment
abdominal, ce qui permet de les distinguer des autres scarabéidés (comme
le hanneton des jardins ou le hanneton horticole en France). Le
stade prénymphal correspondant à une larve mature qui
cesse de s’alimenter et dont l’intestin se vide, ce qui rend l’extrémité
de l’abdomen entièrement blanche. Il est suivi du stade nymphal, durant
lequel l’insecte, d’environ 14 mm de long, présente déjà la morphologie
de l’adulte, bien que les ailes, les pattes et les antennes soient
encore repliées et non fonctionnelles. La coloration évolue
progressivement du blanchâtre au vert métallique, et une excroissance
trilobée visible chez les mâles permet de distinguer les sexes dès ce
stade (Agroscope Transfer 2025 ; SORE).
Naturellement, le scarabée japonais vole
rarement au-delà d’1 km, même si une étude a démontré qu’il pouvait
parcourir jusqu’à 12 km en une journée en Italie (Lessio et al., 2022). La propagation
annuelle de l’espèce à partir du lieu d’introduction varie selon les
zones géographiques et l’adéquation du milieu : 3 à 24 km par an aux
États-Unis, environ 2 km par an aux Açores (Portugal), et 4,5 à 13,8 km
par an en Italie (Agroscope Transfer 2025).
Originaire du Japon, P. japonica a été détecté pour la
première fois hors de son aire d’origine en 1916 dans l’État du New
Jersey, dans une pépinière de Riverton aux États-Unis, où il s’est
progressivement établi dans un très grand nombre d’États (voir Plan d’harmonisation
aux États-Unis, 2024), ainsi qu’au Canada depuis 1939,
principalement sur la côte est, en Colombie-Britannique (voir les zones réglementées, 2025).
En Europe, en dépit des mesures d’éradication, l’espèce a pu s’établir dans l’archipel des Açores (île de Terceira) depuis les années 1970, avant de s’étendre progressivement à huit des neuf îles de l’archipel, notamment São Miguel (2003) et São Jorge (2007). En Europe continentale, le premier signalement remonte à 2014 en Italie avec la découverte du ravageur dans le parc régional du Val Tessin qui sépare les deux régions limitrophes italiennes, Piemont et Lombardie, à proximité des aéroports de Milan-Malpensa et Cameri (OEPP Italie). La population italienne a fini par atteindre quatre régions (Lombardie, Piémont, Val d’Aoste et Émilie-Romagne) avant de rejoindre trois ans plus tard la Suisse (canton du Tessin) et de se propager à d’autres cantons (Valais, Zurich, Bâle, Schwyz) (OEPP Suisse 2017-23). En 2024, des individus isolés ont été capturés dans les cantons d’Argovie, de Lucerne, des Grisons, de Schaffhouse, du Tessin, d’Uri, du Valais, de Soleure et de Zurich, en dehors des zones délimitées (OEPP Suisse 2025). Entre 2014 et 2024, la dynamique de l’invasion biologique est telle que l’aire de répartition s’étend rapidement du sud de la Suisse au nord de Gênes. À l’ouest, le front de colonisation était situé en limite du territoire français, sur une ligne partant de la Haute-Savoie jusqu’au Briançonnais, longeant le Parc national de la Vanoise et le Parc naturel régional du Queyras. Trois foyers de détection isolés ont été cartographiés en 2023 au nord des Alpes près de Zurich et dans la région du Frioul-Vénétie en Italie. En France, la première détection du scarabée japonais a été enregistrée début juillet 2025, avec la capture de deux adultes (auto-stoppeurs) dans des pièges installés dans le Haut-Rhin, à Mulhouse et à Saint-Hippolyte (EFSA 2025 ; Agroscope Transfer 2025 ; IPM Popillia ; Communiqué de presse DRAAF Grand-Est).
Le rapport de l’EFSA (EFSA 2025) mentionne que l’aire potentielle d’établissement de P. japonica concernerait toutes les régions de l’UE où le cumul des degrés-jours est supérieur à 711, avec un seuil minimal de développement de 10°C. Les estimations basées sur les hypothèses considérées pour l’analyse indiquent par ailleurs que le délai entre le transfert du ravageur vers un hôte approprié et le début de la propagation de sa population (période de latence) serait en moyenne de 7 ans (IC 95% : 5-13 ans). La distance parcourue en un an par le front d’expansion d’une population de P. japonica serait en moyenne de 7 km (IC 95% : 1-17 km).
Des cartes de risque d’établissement du scarabée japonais ont été établies afin d’améliorer les stratégies de surveillance, de confinement et d’éradication, notamment en Europe continentale où une invasion récente est en cours (Borner et al., 2023 ; BM N°47). Les résultats ont montré que les variables climatiques (e.g. températures moyennes de l’air et du sol, précipitations, évapotranspiration, ruissellement), celles liées aux activités anthropiques (e.g. densité de la population humaine, temps de trajet vers les villes les plus proches et densité des routes) et à l’utilisation des terres (e.g. zones forestières et urbaines) contribuaient le plus aux prédictions du modèle. Sur la base des variables climatiques considérées dans l’étude, les sites avec les plus fortes variations annuelles et les plus faibles variations journalières étaient particulièrement favorables à la distribution du scarabée. Concernant l’Europe continentale, les zones de qualité environnementale prédites comme étant les moins propices à P. japonica se trouvent le long du littoral de la mer Méditerranée (péninsule ibérique, sud de l’Italie, Grèce, Anatolie), dans la partie nord du continent (îles britanniques, Scandinavie, côtes de la mer baltique) et en Europe de l’Est. Les zones prédites à risque modéré concernent le sud-ouest de la France (à proximité des Pyrénées), la Bretagne et les côtes belges et néerlandaises. Alors que les zones présentant un risque élevé concernent les contreforts des Alpes (nord au sud), le nord des Balkans, et les rives orientales de la mer Noire.
Figure 2 : Carte de l’évolution sanitaire concernant P. japonica en Europe depuis 10 ans (2015-2025). Pour la période 2015–2024, les données sont issues de la base IPM Popillia, disponible en open data sur la plateforme data.gouv.fr. Pour l’année 2025, elles ont été compilées à partir des documents officiels des organismes nationaux de protection des végétaux (cités dans ce bulletin), de la base de données de l’OEPP et des résultats de la VSI de la Plateforme ESV. L’hétérogénéité de ces sources peut expliquer certaines discontinuités entre 2024 et 2025 : des zones délimitées en tampon peuvent ne plus apparaître, non pas en raison d’une régression de l’organisme, mais du fait de différences dans les protocoles de collecte d’information et de cartographie.
En complément de la carte (Figure 2), voici une decription détaillée de l’évolution de l’état sanitaire par pays :
Italie
Le
nombre de captures de scarabées japonais a encore augmenté dans la
région de la Lombardie comme en témoigne la carte des captures dans la région pour la
période du 21 mai au 24 septembre 2025 (voir aussi la carte interactive GEOPORTALE ; Lombardie).
Le constat a été le même pour la région du Piémont, avec de nombreuses captures réalisées entre mai et septembre 2025, avec de nouvelles communes infestées et conduisant à l’actualisation de la zone délimitée pour la présence de P. japonica dans la région. La zone tampon ainsi actualisée couvre également des communes des régions italiennes Émilie-Romagne et Ligurie, mais également situées en Suisse et en France (Abriès-Ristolas, Bonneval-sur-Arc, Molines-en-Queyras) (Piémont 2025a, Piémont 2025b, Ligurie, Émilie-Romagne).
Par ailleurs, la présence de trois foyers a été confirmée dans les provinces de Trévise et de Vérone (à Villafranca, Sommacampagna et Brendino Belluno) situées dans la région de Vénétie, et non loin de la région autonome du Frioul-Vénétie Julienne qui abrite déjà une zone délimitée (dont la carte est disponible ici) (Vénétie). En ce début d’année 2026, des mesures phytosanitaires d’urgence ont été adoptées pour lutter contre P. japonica en Ligurie et en Vénétie (Ordonnance n° 12, 30-01-2026).
Dans la province du Trentin de la région du Trentin-Haut-Adige, entre fin juin et fin juillet 2025, cinq individus ont été capturés sur l’aire de service de Nogaredo Est et quatre autres au péage de Paganella Est sur l’autoroute A22. Il s’agirait de découvertes isolées par les acteurs en charge de la surveillance du territoire (Trentin). Récemment (4 juin 2026), la province autonome de Trente à partagé sur son site web une fiche d’information mentionnant la mise en place d’une zone délimitée pour P. japonica après la découverte courant 2025 d’un foyer sur la commune de Brentino Belluno située à la frontière avec la province autonome de Trente (Trente) (cette zone délimitée communiquée en 2026 ne figure pas sur la Figure 2).
Ailleurs, dans la région du Tyrol italien, les premières captures ont été rapportées courant juillet (à Appiano et à Gargazzone). Il s’agirait également de captures isolées (Tyrol).
Suisse
Au
cours de l’été 2025, six nouveaux foyers de P. japonica ont
officiellement été rapportés dans les cantons de Genève,
Vaud (3 foyers), Soleure et
Lucerne. Fin 2025, le ravageur est officiellement
déclaré en cours d’éradication (foyer d’infestation et/ou zone tampon),
ou d’enrayement (zones infestée et/ou tampon), lorsque l’éradication
n’est plus possible (OFAG 06-05-26). Une carte localise ces
différentes zones (Agroscope carte). Un plan d’urgence (mai 2025) élaboré par le
Service phytosanitaire fédéral précise les mesures de surveillance et de
lutte à mettre en place. Il précise aussi les mesures d’enrayement du
ravageur visant à réduire le risque de propagation (naturelle ou
humaine) afin de protéger les régions suisses et les pays voisins
exempts du ravageur.
Les cantons concernés par des zones délimitées en stratégie d’éradication sont les suivants : Argovie (zone tampon), Bâle-Campagne (foyer d’infestation et zone tampon), Bâle-Ville (foyer d’infestation et zone tampon), Berne (zone tampon), Genève (foyer d’infestation et zone tampon), Lucerne (foyer d’infestation et zone tampon), Schwyz (foyer d’infestation et zone tampon), Soleure (foyer d’infestation et zone tampon), Vaud (foyer d’infestation et zone tampon), Valais (en partie) (foyer d’infestation et zone tampon), Zurich (foyer d’infestation et zone tampon).
Les cantons concernés par des zones délimitées en stratégie d’enrayement sont les suivants : Grisons (zone tampon), Tessin (zone infestée et zone tampon), Valais (en partie) (zone infestée et zone tampon). Un décret général daté du 27 aout 2025 précise les mesures à mettre en œuvre dans ces zones en enrayement. La carte de la zone délimitée pour le Tessin a été actualisée en avril 2026 (voir la carte). Celle pour toute la Suisse a également été mise à jour en mai 2026 (voir ici). La dernière décision de portée générale visant à prévenir la propagation du ravageur dans les cantons du Tessin, du Valais et des Grisons a également été publiée en avril 2026. Ce document officiel liste notamment l’ensemble des communes concernées (zones infestées et zones tampons) dans ces trois cantons (liste des communes et la carte).
En 2025, les dynamiques de population établies antérieurement sont contrastées. En zone d’éradication (foyers d’infestation) elles affichent une stabilisation ou une réduction des captures de scarabées japonais, hormis pour la population du Valais de 2024 en augmentation. En zone d’enrayement (zones infestées), il y a eu moins de captures du ravageur dans le Valais mais davantage dans le Tessin, avec l’observation des premiers dégâts économiques, principalement sur le vignoble. Et dans les Grisons, les premières captures ont été enregistrées à la frontière tessinoise, suggérant une progression du front d’infestation (OFAG 21-11-25). Les facteurs expliquant ces dynamiques de populations différentielles demeurent indéterminés à ce jour.
Allemagne
En
2025 quatre régions (« Lands » ou « Länder ») sont concernées par des
captures de scarabées japonais :
Le Bade-Wuttemberg est la région aujourd’hui la plus touchée, avec deux zones délimitées distinctes. La première, dans le district de Lörrach, est liée à la propagation d’un foyer bâlois (Suisse) et a vu deux captures isolées en juillet 2025, probablement par transport passif. La seconde, dans le district de Fribourg-en-Brisgau, fait l’objet de mesures d’éradication après plusieurs captures entre juin et août 2025, dont un individu femelle capturé dans un jardin privé. Un Plan d’action visant à empêcher l’installation et la propagation du ravageur a été déployé à la fin de l’été 2025.
La Bavière, près de Lindau, six nouvelles captures (individus mâles) ont été enregistrées en juillet 2025, dans le même piège à phéromone que celui qui avait permis la première capture en 2024, situé à proximité d’une autoroute connectée à des foyers connus en Suisse et en Italie. Aucune population établie n’a été confirmée à ce stade.
Le Brandebourg a signalé une première capture (mâle) en juillet 2025 dans une pépinière ; il s’agit probablement d’une introduction isolée. Actuellement, aucune population établie n’a été rapportée, une surveillance renforcée est en cours.
La Hesse (commune de Trebur) a rapporté une découverte par un particulier en juillet 2025, suivie de quatre captures supplémentaires fin août. Une zone délimitée (zone d’infestation et zone tampon) a été établie, et un Arrêté général ainsi qu’un Plan d’action spécifiques pour la région ont été publiés. À proximité, la région Rhénanie-Palatinat a établi une zone tampon avec des mesures spécifiques qui s’appliqueront pour une durée minimale de trois ans. Bien qu’aucun scarabée japonais n’ait encore été capturé en Rhénanie-Palatinat, une Décision de portée générale (25 août 2025) et un Plan d’action spécifiques ont été émis en cas d’incursion du ravageur pour empêcher sa propagation sur ce territoire.
En résumé, les détections se multiplient et s’étendent géographiquement, mais aucune population établie n’est confirmée hors du Bade-Wurtemberg. Les vecteurs d’introduction identifiés sont principalement le transport routier/ferroviaire et la proximité des frontières avec la Suisse et l’Autriche.
Autriche
En
2025, fin juillet, la première capture de scarabée japonais dans le pays
a été rapportée dans la région de Vorarlberg (commune
de Hörbranz), dans le district de Bregenz. Il s’agit d’une interception
proche de foyers déjà recensés à Lindau (Bavière). Mi-septembre, quatre
captures supplémentaires ont été signalées à proximité du site du
premier signalement et une cinquième dans la région du
Tyrol. Pour cette dernière, il s’agit d’une capture au
niveau de la commune d’Angath située dans le district de Kufstein, le
long de l’autoroute qui relie Vérone à Munich et traverse le Tyrol
(Agence autrichienne pour la santé et la sécurité alimentaire, AGES). Bien qu’il ne s’agisse à ce stade que
d’interceptions, un Plan d’urgence spécifique pour P.
japonica été publié le 19 août 2025.
France
Le
scarabée japonais a été détecté pour la première fois dans l’hexagone au
cours de l’été 2025, dans la région Grand Est
(départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin). Il s’agit de quatre captures
par piégeage aux gares de Mulhouse et de Strasbourg, à proximité de
l’autoroute franco-suisse A35, à Saint-Hippolyte, dans la zone délimitée
française (zone tampon) du foyer de Bâle en Suisse (Zone délimitée du 31 octobre
2025 ; Arrêté préfectoral
N°2025/489). Le cinquième cas est une découverte fortuite par un
particulier, qui a trouvé un individu mort sur son véhicule. La
surveillance renforcée n’ayant révélé aucun individu supplémentaire, ces
détections ont été attribuées à des individus isolés transportés
passivement par voie humaine (« auto-stoppeurs »). Aucun foyer n’a été
identifié sur le territoire mais la surveillance y est renforcée (DRAAF Grand-Est). Par ailleurs, malgré
l’absence de capture de scarabées japonais, la préfecture de la région
Auvergne-Rhône-Alpes a émis un arrêté établissant une
zone délimitée visant l’éradication de P. japonica après la
confirmation courant août 2025 d’un foyer dans le canton de Genève
(Suisse), à proximité de la ville française d’Annemasse (département de
la Haute-Savoie) (Arrêté préfectoral N°
2025/202).
Croatie
Lors
d’une surveillance menée en octobre 2025, dans le cadre d’un projet
scientifique, la première détection de P. japonica a
officiellement été rapportée en janvier 2026. Il s’agissait d’un
scarabée adulte capturé dans un piège à phéromones dans le parc Maksimir
à Zagreb. L’origine du ravageur reste inconnue, et une surveillance
renforcée est prévue en 2026. Le statut officiel de l’espèce en Croatie
n’est pas encore établi (OEPP Croatie).
Belgique
Deux
scarabées japonais adultes morts ont été découverts début juillet 2025
dans un entrepôt industriel ayant récemment importé des marchandises
(non soumises à la réglementation phytosanitaire) depuis une zone
infestée européenne. Cette découverte faisait suite à un signalement via
une plateforme publique d’un des deux individus mentionnés en début de
paragraphe. La surveillance renforcée mise en place n’a révélé, au 1er
août 2025, aucune capture supplémentaire. Le statut officiel de l’espèce
en Belgique reste qu’il est absent, confirmé par enquête (OEPP Belgique).
Slovénie
Début
juillet 2025 de nouvelles captures de P. japonica ont été
enregistrées, grâce à des pièges situés au niveau de trois
stations-service, à Lukovica, Ljubljana et Novo Mesto. Aucun dégât sur
les plantes hôtes n’a été observé. Des zones délimitées ont été établies
à Lukovica et Ljubljana, et des mesures d’éradication sont en cours (DRIAAF Ile de France; OEPP Slovénie).
Espagne
Une
interception a été mentionnée pour la première fois en Espagne en 2025.
Un particulier résident à Oleiros (La Corogne, Galice), de retour de
voyage à Milan, a trouvé un scarabée japonais (femelle) dans sa valise.
Des inspections approfondies sont en cours, les pièges seront contrôlés
pendant la période de vol de l’insecte, sur un cycle de vie complet et
pendant une année supplémentaire (OEPP Espagne).
P. japonica est classé organisme de quarantaine
prioritaire au titre de la réglementation européenne de santé des
végétaux (règlement (UE) 2019/2072). Cette classification implique des
obligations officielles de surveillance et de lutte pour détecter
précocement toute introduction et empêcher la dissémination du ravageur.
La surveillance officielle en France repose principalement sur un réseau
de piégeage actif, déployé chaque année par les services de l’État
(notamment les Directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture
et de la forêt – DRAAF) dans les zones à risque d’introduction. Ces
pièges, généralement installés de mi-mai à mi-septembre, sont équipés de
leurres combinés (phéromones sexuelles : médiateur chimique, et
alimentaire : attractifs floraux) pour maximiser la détection des
individus adultes dès leur arrivée potentielle depuis les régions
voisines où le ravageur est établi (Italie, Suisse, Allemagne) et leur
piégeage (DRAAF Grand-Est ; voir les descriptifs du
piégeage sur la fiche SORE). Cette surveillance est renforcée au niveau des
zones à haute intensité de transports, comme des gares, aéroports,
stations de service autoroutières, échangeurs et zones d’intérêt
touristique.
La détection en juillet 2025 des premiers individus en France (dans les départements du Haut‑Rhin et du Bas‑Rhin) a illustré l’efficacité de ces dispositifs : des pièges positionnés autour de points d’entrée et de zones frontalières ont permis d’intercepter des scarabées japonais «auto‑stoppeurs» transportés via le trafic humain, déclenchant des surveillances intensifiées à l’échelle locale. Dans ces secteurs, la fréquence du piégeage et les inspections visuelles ont été renforcées, et la vigilance des professionnels comme du grand public a été mobilisée. Parallèlement, une communication active de sensibilisation a complété ces dispositions techniques : diffusion de dépliants, campagnes d’information via les sites des DRAAF, et alertes invitant à signaler toute observation suspecte aux autorités compétentes (DRAAF/SRAL) avec photos et localisation.
Dans le cadre réglementaire, des zones délimitées peuvent être définies autour des foyers ou des zones tampons frontalières (cas de la zone délimitée de Bâle dont la zone tampon couvre une partie du territoire français, avec des mesures complémentaires (restrictions de mouvements de matières végétales ou de sols) pour réduire les risques de propagation et faciliter la mise en place de mesures de lutte (DRAAF Grand-Est).
La réglementation en cours (France/UE) : Règlement (UE) 2016/2031 ; Règlement d’exécution (UE) 2019/2072 qui établit la liste des organismes de quarantaine de l’UE ; Règlement d’exécution (UE) 2023/1584 qui met en place des mesures spécifiques de prévention, d’éradication et de contrôle pour P. japonica dans les zones délimitées au sein de l’UE (établissement de zones tampons, mesures d’éradication, surveillance annuelle obligatoire, etc.) ; Plan national d’intervention sanitaire d’urgence (PNISU) spécifique à P. japonica, élaboré par la Direction générale de l’alimentation (DGAL) pour structurer l’action dès qu’une suspicion ou détection officielle se produit ; arrêté préfectoral Grand-Est définissant le périmètre et les mesures de surveillance/restrictions de mouvements.
A ce jour en France, du fait d’interceptions isolées et d’absence
de foyer de P. japonica, le meilleur moyen de lutte reste la
surveillance, la communication et la sensibilisation
pour permettre une détection précoce et éviter l’établissement et la
dispersion du ravageur sur le territoire national. Dans les pays où
l’invasion de scarabée japonais est majeure, diverses mesures sont
prévues dans le cadre de la lutte obligatoire contre P.
japonica (voir toutes les mesures citées dans Agroscope Transfer 2025), parmi
lesquelles celles-ci :
– Des mesures préventives visant à prévenir la propagation du ravageur, notamment en évitant l’arrosage ou en utilisant des protection anti-insectes, afin de réduire ou d’empêcher le développement des larves et l’éclosion des adultes de P. japonica par exemple.
– Des mesures de lutte basées sur le travail du sol visant à tenir à distance les adultes et à éliminer les larves de P. japonica, notamment en utilisant des répulsifs comme le kaolin, en ramassant les vers blancs ou en les tuant par fraisage mécanique.
– Des mesures de lutte basées sur la gestion de l’habitat, notamment des plantes hôtes selon leur niveau d’attractivité, afin de réduire la ponte et l’infestation par les larves de P. japonica.
– Des mesures de lutte biologiques avec le recours d’organismes antagonistes naturels de P. japonica, parmi lesquels des bactéries (e.g. Paenibacillus popilliae, Paenibacillus lentimorbus, Bacillus thuringiensis var. galleriae), des champignons entomopathogènes (e.g. Beauveria et Metarhizium, B. brongniartii que par M. brunneum), des nématodes (e.g. Heterorhabditis et Steinernema) ou encore des parasitoïdes (e.g. Istocheta aldrichi, Tiphia vernalis et T. popilliavora).
– Des mesures visant à attirer et tuer les insectes P. japonica adultes (dispositifs attract-and-kill) utilisant par exemple des pièges à entonnoir appâtés entourés de moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action (e.g. Paoli et al., 2023, 2024).
Une étude récente (Makovetski et al., 2025) visant à évaluer les effets négatifs de la lutte biologique contre P. japonica sur des espèces non-cibles, et basée sur plus de 21 000 observations participatives (iNaturalist), a montré que le parasitoïde Istocheta aldrichi (introduit il y a un siècle en Amérique du Nord) était très spécifique à sa cible (P. japonica), avec des attaques sur d’autres espèces extrêmement rares (< 0,001% des cas). Une autre étude réalisée en Italie (Küng et al., 2025) a montré que le champignon entomopathogène Beauveria pseudobassiana (4 souches testées) pouvait réduire de manière significative la survie des scarabées japonais adultes (la souche ART 2884 étant la plus virulente), mais pas celle des larves. Sa virulence, sa persistance sur les feuilles et sa détection naturelle sur P. japonica en font un candidat prometteur de lutte biologique ciblée contre ce ravageur. La présence naturelle de B. pseudobassiana a été signalée dans diverses régions climatiques d’Europe, et sa capacité à se développer dans des conditions hors sol a été démontrée. Par conséquent B. pseudobassiana est un agent de lutte biologique potentiellement intéressant à utiliser dans les zones européennes où P. japonica est établi ou en expansion.
P. japonica représente une menace majeure pour la France
et l’Union européenne en raison de plusieurs facteurs convergents. Tout
d’abord, sa dispersion passive facilitée par les activités
humaines, notamment via le transport de personnes et de
marchandises (commerce de végétaux, de terre ou de matériel), favorise
son introduction en dehors des zones déjà infestées, comme l’illustrent
les détections récentes à proximité de points de transit
frontaliers.
Ensuite, sa très forte polyphagie constitue un facteur aggravant important. Ce ravageur est capable de s’attaquer à plusieurs centaines d’espèces végétales, incluant des cultures d’intérêt économique majeur comme la vigne, le maïs ou les arbres fruitiers, mais également aux espaces verts et aux milieux urbains. Cette large gamme d’hôtes lui confère une grande capacité d’établissement et de prolifération, d’autant plus marquée en l’absence de prédateurs naturels locaux.
Par ailleurs, son établissement et sa dispersion sont favorisés par les conditions environnementales présentes dans de nombreuses régions européennes, notamment en France. Le manque de résistance naturelle des plantes européennes, lié à l’absence de coévolution avec ce ravageur exotique, accentue également le risque.
Enfin, les impacts socio-économiques potentiellement importants associés à P. japonica (pertes agricoles, coûts de gestion phytosanitaire) renforce l’importance d’une surveillance proactive, d’une détection précoce et de la mise en œuvre de mesures de prévention strictes pour limiter l’introduction, l’établissement et la propagation du scarabée japonais. Des campagnes d’information, notamment en France, visent à alerter les professionnels et inviter les citoyens à signaler toute présence, même putative, de P. japonica à la DRAAF (Plantes en Danger).
Agroscope Transfer 2025: Le scarabée japonais (Popillia japonica), un organisme de quarantaine envahissant : Biologie, propagation, potentiel de nuisance, mesures de surveillance et de lutte. https://ira.agroscope.ch/fr-CH/publication/59194
Avis de l’Anses - Rapport d’expertise collective (mai 2022) : Popillia japonica, le scarabée japonais Évaluation du risque simplifiée pour la France métropolitaine. https://www.anses.fr/en/system/files/SANTVEG2021SA0090Ra.pdf
BM N°47 : https://plateforme-esv.fr/sites/default/files/2022-12/BM_2022_Nov-Dec.html
BM N°55 : https://plateforme-esv.fr/sites/default/files/2023-11/BM_OCTOBRE2023.html
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Plantes en Danger : Le scarabée japonais, une menace pour les plantes. https://agriculture.gouv.fr/le-scarabee-japonais-une-menace-pour-les-plantes
Règlement (UE) 2016/ 2031 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/IT/TXT/?uri=celex%3A32016R2031
SORE : Fiche de reconnaissance Popillia japonica : https://fichesdiag.plateforme-esv.fr/fiches/Fiche_Diagnostique_POPIJA_Popillia_japonica.pdf
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Autres sources par zone géographique :
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Suisse : OFAG 21-11-25 ; OFAG 06-05-26 ; Agroscope carte ; plan d’urgence (mai 2025) ; décret général daté du 27 aout 2025 ; carte actualisée Tessin ; carte actualisée Suisse liste des communes liste des communes dans les zones délimitées du Tessin, Valais, Grisons (mai 2026).
Allemagne : Bade-Wurttemberg ( Plan d’action ; Hesse ( zone délimitée (zone d’infestation et zone tampon) ; Arrêté général ; Plan d’action ) Rhénanie-Palatinat (Décision de portée générale (25 août 2025) ).
Autriche : Agence autrichienne pour la santé et la sécurité alimentaire, AGES ; Plan d’urgence spécifique pour P. japonica été publié le 19 août 2025.
France : Zone délimitée du 31 octobre 2025 ; Arrêté préfectoral N°2025/489 (DRAAF Grand-Est) ; Arrêté préfectoral N° 2025/202.
Croatie : OEPP Croatie.
Belgique : OEPP Belgique.
Slovénie : DRIAAF Ile de France; OEPP Slovénie.
Espagne : OEPP Espagne.
Portugal (archipel des Açores) : Mário Brum Teixeira et al., 2024, Plan d’urgence actualisé (2021).
Autres sources réglementaires:
Règlement (UE) 2016/2031 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32016R2031
Règlement d’exécution (UE) 2019/2072 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:02019R2072-20260505
Règlement d’exécution (UE) 2023/1584 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32023R1584
Plan national d’intervention sanitaire d’urgence (PNISU) : https://www.vignevin.com/wp-content/uploads/2022/12/Plan_urgence_popillia_japonica.pdf
Arrêté préfectoral Grand-Est : https://draaf.grand-est.agriculture.gouv.fr/scarabee-japonais-popillia-japonica-a2634.html
DRAAF Grand-Est : https://draaf.grand-est.agriculture.gouv.fr/scarabee-japonais-popillia-japonica-a2634.html
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CROPSAV du 30-04-2026 DRAAF Grand-Est (FRANCE) : Point de situation. Mesures de surveillance et de lutte. https://draaf.grand-est.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/5_-_diaporama-popillia-japonica-cropsav-260430.pdf
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Pulighe et al., 2025 : Climate-Driven Invasion Risks of Japanese Beetle (Popillia japonica Newman) in Europe Predicted Through Species Distribution Modelling. https://doi.org/10.3390/agriculture15070684
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