Aller au contenu principal

 Le projet de recherche EUFAWREADY

Les expertises
anne-nathalie
Body

 1. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Anne-Nathalie Volkoff, coordinatrice du projet EUFAWREADY et chercheure au sein de l’UMR INRAE-UM DGIMI (Diversité, Génomes, Interactions Micro-organismes Insectes), à Montpellier. Notre unité étudie les interactions entre les insectes ravageurs et leur environnement, en particulier Spodoptera frugiperda — la chenille légionnaire d’automne (CLA), ou fall armyworm (FAW) — un modèle sur lequel nous travaillons depuis de nombreuses années. Passionnée de longue date par la lutte biologique, dans mes recherches je m’intéresse plus spécifiquement aux insectes parasitoïdes et aux stratégies variées qu’ils déploient pour parasiter leurs hôtes.

 
  2. En quoi consiste le projet EUFAWREADY ?

Pour anticiper l’arrivée de la CLA en Europe, le projet EUFAWREADY vise à fournir aux acteurs agricoles européens des outils performants pour détecter, surveiller et gérer durablement ce ravageur. Ce programme de quatre ans, financé par l’Union européenne dans le cadre d’Horizon Europe (GA n° 101212676), a officiellement démarré le 1ᵉʳ juin 2025.


 3. Pouvez-vous présenter vos principales missions dans ce projet ?

En tant que coordinatrice du projet, et en collaboration étroite avec le partenaire en charge de la gestion du projet (INRAE Transfert), je supervise l’avancement des différentes activités, et veille à la production des livrables. Je suis également impliquée dans la rédaction des rapports annuels, la mise en relation des partenaires d’EUFAWREADY, ainsi que dans les échanges avec d’autres projets connexes. 


 4. A qui s’adresse ce projet ?

Les résultats du projet sont destinés aux scientifiques, mais surtout à un large éventail d’acteurs impliqués dans la surveillance et la protection des plantes : conseillers agricoles, services chargés du suivi phytosanitaire, ainsi que les agriculteurs des pays européens concernés.

 

5. Pourquoi avoir lancé ce projet ? Quel était le constat de départ ?

Comme mentionné précédemment, notre laboratoire travaille depuis de nombreuses années sur la CLA. Originaire des Amériques, ce papillon nocturne est redouté pour sa capacité à ravager de nombreuses cultures — maïs, sorgho, riz, mais aussi certaines productions fruitières et ornementales. C’est également un excellent migrateur, capable d’étendre rapidement son aire de répartition lorsque les conditions lui sont favorables. Depuis 2019, elle est classée organisme de quarantaine prioritaire par l’Union européenne.

La CLA a été détectée pour la première fois hors de son aire d’origine en 2016, en Afrique de l’Ouest, avant de se propager très rapidement à l’échelle mondiale. En Europe, elle a été signalée en Grèce en 2023, où elle est désormais établie, ainsi qu’en Roumanie et en Bulgarie. Plus récemment, en 2026, elle a été détectée en Espagne. Son fort potentiel migratoire laisse craindre une dissémination rapide, notamment dans le sud de l’Europe.

Parce que nous travaillions déjà sur ce ravageur et que nous en connaissions bien la biologie et les risques associés, nous étions particulièrement sensibilisés à l’importance d’anticiper son arrivée. Notre expertise accumulée au fil des années nous a convaincus que nous pouvions contribuer utilement à la préparation européenne face à cette menace émergente. C’est dans ce contexte qu’est né le projet EUFAWREADY.

 

6. Qui sont les acteurs de ce projet ?

Le projet réunit une grande diversité d’acteurs : des équipes académiques, des entreprises du secteur du biocontrôle, des représentants des services nationaux de surveillance, ainsi que des organisations d’agriculteurs. Cette pluralité de partenaires garantit une approche complète et opérationnelle face à la menace que représente la CLA.

 

7. Quels sont les principaux partenaires du projet ? 

Le consortium réunit 25 partenaires issus de 12 pays européens ou associés. Deux pays non européens récemment confrontés à l’invasion de la CLA — la Corée et la Nouvelle-Zélande — ont également rejoint le projet. Leur participation élargit le champ d’action d’EUFAWREADY et offre l’opportunité de travailler directement sur des zones où des populations de CLA sont déjà présentes. La liste complète des partenaires est disponible sur le site du projet https://eufawready.eu/

 

8. Pourquoi avoir impliqué la Plateforme ESV dans ce projet ? / Qu’est ce que la Plateforme ESV va apporter au projet ?

La Plateforme ESV est spécialisée dans la surveillance des espèces invasives présentant un risque pour la France. Elle a développé des outils innovants d’analyse de risque et travail sur les aspects échantillonnage, particulièrement adaptés pour anticiper l’implantation et la progression de nouveaux ravageurs. Dans EUFAWREADY, ces outils seront mobilisés pour évaluer le risque lié à la CLA en Europe et identifier les zones prioritaires de surveillance. Ces zones serviront notamment à déployer des pièges à phéromones, eux aussi optimisés dans le cadre du projet.

 

 9. Quelles seront les actions globales menées dans le projet ? Quels livrables prévoyez-vous ?

Le projet vise à approfondir nos connaissances sur la biologie de la CLA présente en Europe et sur les facteurs qui expliquent le fort potentiel invasif de cette espèce. Il permettra également d’évaluer ses impacts économiques et environnementaux potentiels en Europe. Parallèlement, nous développerons des alternatives aux pesticides chimiques, notamment en mobilisant des microorganismes et des ennemis naturels, des molécules naturelles ou de nouvelles variétés de maïs.

Le projet produira aussi un ensemble de recommandations à destination des régulateurs et des services nationaux de surveillance des ravageurs émergents. Enfin, nous mettrons à disposition en fin de projet une véritable boîte à outils pour la gestion de la CLA, proposant des solutions adaptées au contexte européen.

 

10. Les résultats de EUFAWREADY pourront-ils être valorisés au-delà du monde de la recherche ? 

C’est précisément l’un des objectifs du projet ! Nous espérons que certains des outils de surveillance des populations de ravageurs optimisés au cours d’EUFAWREADY, ainsi que certaines des molécules ou agents de biocontrôle identifiés, pourront à terme être valorisés et mis sur le marché par les partenaires industriels du consortium — ou par d’autres acteurs intéressés. Nous souhaitons également que les recommandations produites et la boîte à outils dédiée à la gestion de la CLA soient pleinement adoptées par les différentes parties prenantes.

 

11. Pouvez-vous donner des exemples d’actions qui seront réalisées grâce aux résultats du projet EUFAWREADY ? / Qu’est ce que le projet va apporter à la Plateforme ESV ?

Tout au long du projet, nous organiserons des réunions de travail avec des représentants des différentes parties prenantes afin de leur présenter les avancées d’EUFAWREADY et de coconstruire avec eux les deux principaux livrables opérationnels : un ensemble de recommandations à destination des régulateurs et des organismes nationaux de surveillance, ainsi qu’une boîte à outils pour la gestion de la CLA, spécifiquement adaptée au contexte européen.

Par ailleurs, nos partenaires en sciences humaines et sociales mèneront des enquêtes et des actions de communication pour évaluer et renforcer le niveau de sensibilisation des agriculteurs face aux risques liés à l’arrivée probable de ce ravageur.

Pour la Plateforme ESV, le projet représente également une opportunité importante : il permettra de valoriser et de donner une visibilité accrue au travail qu’elle mène sur la surveillance des espèces invasives, ainsi qu’aux outils qu’elle développe pour anticiper et suivre l’implantation de nouveaux ravageurs. 

 

Le projet EUFAWREADY a reçu des financements dans le cadre du programme de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’Union européenne, conformément à l’accord de subvention n° 101212676 ainsi que du Secrétariat d’État suisse à la formation, à la recherche et à l’innovation (SERI) dans le cadre du contrat n° 25.00280 et du Ministère des Sciences et des Technologies de l’Information et de la Communication (MSIT) de Corée du Sud sous le numéro de subvention RS-2025-25459210. Les points de vue et opinions exprimés n’engagent que leur(s) auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union européenne, de l’Agence exécutive européenne pour la recherche (REA), du Secrétariat d’État suisse à la formation, à la recherche et à l’innovation (SERI) ou du Ministère des Sciences et des Technologies de l’Information et de la Communication de Corée du Sud (MSIT). Ni l’Union européenne, ni la REA, ni le SERI, ni le MSIT ne peuvent être tenus responsables de ces opinions.