Dépérissement des oliviers en Corse
Comprendre le dépérissement des oliviers en Corse
Depuis une dizaine d’années, les oliviers corses montrent des signes de faiblesse : branches qui sèchent, feuilles qui jaunissent ou tombent prématurément, vigueur réduite…
Face à ce phénomène préoccupant, une équipe d’experts*[1] a mis en place un observatoire du dépérissement des oliviers afin de mieux comprendre les causes de ces symptômes.
[1] experts référents nationaux de la direction générale de l’alimentation (DGAL) pour l’arboriculture et les dépérissements forestiers, la FREDON Corse et le SIDOC, sous la responsabilité de la direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF) Corse
Lancé en 2020, l’observatoire regroupe 21 vergers représentatifs de la diversité des oliveraies corses (secteurs, âge des arbres, conditions d’irrigation…).
Dans chaque verger, 20 à 30 arbres ont été observés régulièrement, plusieurs fois par an, entre 2020 et 2022.
Pour chaque arbre, les chercheurs ont noté 11 critères :
- la mortalité et le manque de branches,
- le jaunissement ou les feuilles barrées,
- le déficit foliaire (perte de feuilles),
- la vigueur, la floraison et la charge en fruits,
- ainsi que la présence de maladies (champignons, bactéries, insectes).
Ces observations suivent une méthode adaptée du protocole scientifique DEPERIS, habituellement utilisée pour les forêts.
Des analyses ont été réalisées sur certains arbres et plantes environnantes pour détecter la présence de la bactérie Xylella fastidiosa, connue pour provoquer des dépérissements sur de nombreuses espèces végétales.
L’étude ne s’est pas limitée aux oliviers : les observateurs de terrain ont aussi analysé certaines plantes dans l’environnement immédiat des parcelles.
Ces plantes peuvent servir de « réservoirs » potentiels pour la bactérie ou être des indicateurs de la santé globale de l’écosystème.
Chaque verger a également été caractérisé selon :
- son type de sol (profondeur, capacité de rétention d’eau),
- son âge (verger jeune ou ancien),
- son mode d’irrigation (pluvial ou irrigué),
- sa localisation,
- les occupations du sol voisines (urbain, forêt, prairie, aéroport, landes, etc.) avec le cas échéant les cultures voisines (autres vergers, prairies, vignes, etc.),
- et des indicateurs climatiques et hydriques (températures, précipitations, stress hydrique…).
Ces éléments permettent de mieux comprendre l’influence du climat et de l’environnement sur l’état de santé des oliviers.
L’équipe a étudié la disponibilité en eau dans les sols (via des simulations du modèle de bilan hydrique BILJOU©) et les paramètres bioclimatiques comme la température moyenne annuelle, les précipitations, ou la durée des périodes de sécheresse.
Ces données sont importantes pour mesurer l’impact du stress hydrique et climatique.
L'objectif de ce travail collectif est de comprendre le dépérissement des oliviers :
- déterminer les liens entre les symptômes observés et les facteurs, qu’ils soient liés à l’observatoire ou externes à celui-ci,
- et évaluer le rôle éventuel de Xylella fastidiosa.
Ce projet réunit des experts de plusieurs structures : Ministère en charge de l’agriculture et la DRAAF Corse, la fédération régionale de lutte et de défense contre les organismes nuisibles (FREDON) Corse, l’Anses, INRAE, le Syndicat Interprofessionnel des Oléiculteurs de Corse et l’Association Française Interprofessionnelle de l'Olive.
Leur ambition commune : préserver le patrimoine oléicole corse, élément essentiel du paysage, de la culture et de l’économie de l’île.
Les travaux ont ainsi consisté à analyser statistiquement de très nombreux paramètres pour mieux comprendre les causes possibles du dépérissement observé. Ces critères sont relatifs aux données internes à l’observatoire des vergers et de l’environnement (observations de terrain et caractéristiques des vergers) couplés à la présence de Xylella fastidiosa et des données externes comme les conditions bioclimatiques, le stress hydrique ou encore le type de cultures et d’occupation du sol.
Pour analyser ces données, plusieurs méthodes statistiques ont été utilisées afin de croiser et comparer les résultats. Cette approche « multi-modèles » permet de vérifier la robustesse des tendances observées et de mieux identifier les facteurs susceptibles d’expliquer le dépérissement.
Les analyses confirment que la vigueur des arbres et le déficit de feuilles sont deux indicateurs directement liés au dépérissement et que la nature du paysage autour des vergers joue un rôle. Par ailleurs, l’âge des vergers pourrait également être un facteur contributif. En revanche, aucun lien direct n’a été mis en évidence avec la présence de la bactérie Xylella fastidiosa.
Environ 21 % des oliviers suivis dans l’observatoire (538 arbres observés pendant trois ans) sont considérés comme dépérissants. Cependant, il est important de noter que les données restent limitées. En effet, seulement trois campagnes d’observation ont été menées sur trois ans, couvrant 21 vergers.
Par ailleurs, moins de 2 % des 206 prélèvements analysés se sont révélés positifs à Xylella fastidiosa subsp. multiplex, et uniquement dans l’environnement immédiat des vergers. Aucun cas n’a été détecté à l’intérieur des oliveraies. Ces prélèvements ont été faits sur de nombreuses espèces telles que : Oléastre, Nerium oleander, Pistacia lentiscus, Myrtus communis, Phillyrea angustifolia, Cistus monspeliensis et Spartium junceum.
Ces résultats montrent que le dépérissement des oliviers ne peut pas être expliqué par une seule cause.
Il s’agit d’un phénomène multifactoriel, où plusieurs éléments – environnementaux, physiologiques ou climatiques – interagissent.
Aucune maladie suivie par l’observatoire, sécheresse ou bactérie ne suffit à elle seule à expliquer les symptômes observés, mais leur combinaison semble jouer un rôle dans le dépérissement progressif des arbres.