Surveillance de la Fusariose Tropicale Race 4
Le groupe FocTR4 travaille sur la fusariose du bananier, une maladie causée par un champignon tellurique affectant les variétés du sous-groupe Cavendish. Elle représente une menace majeure pour la production mondiale de bananes. Les travaux réalisés permettent d’organiser des échanges avec les acteurs impliqués dans la surveillance, la recherche et la gestion de FocTR4. Afin d’améliorer la surveillance, les équipes proposent des outils et des formations sur les techniques de reconnaissance et de détection de la maladie.
Fusariose du bananier
Fusarium oxysporum f. sp. cubense (Foc) est un champignon pathogène tellurique. Ce champignon peut conduire au flétrissement du bananier accompagné d’une chlorose ascendante des feuilles et de nécroses internes du pseudo tronc. Il touche la filière musa sp. Cet organisme nuisible a été détecté à mayotte en 2019 et fait l’objet de mesures de lutte. Il encore absent des autres territoire Français (métropole, Guyane, Guadeloupe, La Nouvelle-Calédonie, la Martinique et la Réunion) mais comporte un risque d’introduction et de dispersion très élevé. En effet, le champignon est propagé par le sol, l’eau, le matériel végétal (végétaux destinés à la plantation contaminée) et le matériel de travail ayant été en contact avec du sol ou des plants contaminés. En cas d’introduction, les dommages économiques pour la filière banane seraient importants. Actuellement, les stratégies de prévention dans les territoires où FOC TR4 est absent visent à intensifier les contrôles sur les points d’entrée potentiels.
Programme de travail
- Communication : partage des informations, expertise et outils
• Surveillance : état sanitaire et protocole de surveillance ;
• Centralisation des données de surveillance (officielle et non officielle) au sein d’une base de données accessible à tous les SALIM (SI de la Plateforme ESV). Visualisation de ces données avec des cartes ;
• Amélioration de la qualité des données de surveillance, avec l’objectif de disposer d’une base de données centralisée ;
• Surveillance : amélioration des dispositifs ;
• Amélioration des protocoles d’échantillonnage statistique (information et formation à l’outil RiBESS avec un appui ponctuel de l’équipe opérationnelle ESV) ;
• Mise à disposition du réseau d’épidémiosurveillance de techniques de diagnostic pour la détection précoce et rapide du pathogène (test de diagnostic LAMP) en complément du diagnostic visuel de la maladie ;
• Réalisation d’un inventaire des données environnementales et des pratiques culturales de la production de banane, disponibles pour la production de cartes de risque pour la dispersion de la maladie sur chaque DROM-COM, tenant compte de ces facteurs (Projets BEYOND, PDR Mayotte, PBD Martinique) ;
• Analyse statistique des données de surveillance : production de statistiques descriptives, inférence des effets des variables environnementales et pratiques culturales sur la prévalence de la maladie et production des cartes de risques qui en découlent (appui ponctuel de l’équipe opérationnelle ESV).
- Communication : information et formation
• Accès à l’information (veille internationale) sur Foc TR4 (e-bibliothèque) ;
• Édition de guides des plantes hôtes (symptomatique et asymptomatiques) pour les Antilles et la Guyane d’une part, puis La Réunion et Mayotte, d’autre part ;
• Kit de communication à destination de différents publics (voyageurs, grand public, exploitants agricoles, ouvriers, pépiniéristes).
| Dispositif(s) concerné(s) | Animation | Participants |
|---|---|---|
| Outre-mer | DGAL et Cirad | Anses, ARMEFLHOR, Cirad, DGAL et SALIM (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte,Réunion), réseau FREDON France (Guadeloupe, Guyane, Martinique), INRAE, IT2, et SIVAP Nouvelle-Calédonie. |
Travaux et avancées
Nos équipes collaborent avec les professionnels et experts afin de mettre à disposition des équipes de terrain une aide à la reconnaissance des symptômes. Fiche de reconnaissance SORE sur la fusariose du bananier : en téléchargement.
Cartographie
Une application de visualisation de données réalisée avec Shiny et développée par l'équipe opérationnelle permet de traiter les données de surveillance afin de visualiser l’effort de surveillance sur le territoire. Les sources des données de détections officielles sont apportées par les structures partenaires Ministère de l’Agriculture (SALIM) et réseau FREDON France.
Actualités FocTR4
- La CIPV vient de publier les dernières lignes directrices pour la prévention, la préparation et la réponse à Foc Tr4 chez les musacées (plantains et bananes) (seule la version en espagnol est actualisée). Elles incluent des mesures phytosanitaires et des outils pour la détection et la gestion des épidémies.
- Le Service national de santé agraire (Senasa) du Pérou a établi de nouvelles exigences phytosanitaires obligatoires pour l’importation de plants de bananiers et/ou de plantains in vitro provenant de la République dominicaine, du Honduras, du Costa Rica et d’Israël (résolution directrice n ° D000001-2025-Midagri-Senasa, datée su 9 janvier 2025).
- Un atelier a été organisé à Sainte-Lucie afin de renforcer les capacités de lutte contre Foc TR4 dans la région de la Caraïbe (vidéo et photos).
- Vidéo YouTube de la conférence virtuelle CORBANA (juin 2024) sur la gestion de la maladie de Moko et Fusarium TR4 dans les bananiers et plantains.
- L’Alliance of Bioversity International et le CIAT, en collaboration avec BlueGreen Labs, ont lancé un nouveau cours en ligne sur la fusariose du bananier sur la plateforme d’apprentissage sur la santé des bananiers.
Veille ciblée FocTR4
- Une réunion tenue le 22 juillet à l'INIA fait le point sur la situation de la fusariose TR4 dans la vallée de la Chira (Pérou), notamment à Querecotillo, Sullana, Salitral et Marcavelica. Selon le SENASA, sur 17 355 ha de bananeraies d'exportation, seuls 8 219 ha (47 %) restent indemnes, tandis que 4 521 ha (26 %) sont partiellement touchés, 2 139 ha (12 %) très largement touchés, et 2 476 ha (14 %) présentent des premiers cas. La fragmentation des exploitations et l'irrigation par inondation compliquent les mesures de biosécurité classiques, réalistes seulement pour les grandes exploitations ; des essais misent plutôt sur la biodiversité des sols (Trichoderma, biochar, engrais organiques). Un projet CIRAD-INIA confirme la résistance des quatre variétés CIRAD, contrastant avec le dépérissement des Cavendish témoins, mais sans solution immédiate : il faudra attendre juillet 2027 pour statuer sur leur résistance, rendements et acceptabilité.
- En Argentine, une résolution du gouvernement abroge la réglementation en vigueur depuis 1994 qui établissait des restrictions sur l'entrée des bananes provenant de pays ou de zones infestées par des organismes nuisibles de quarantaine comme Foc TR4. La Fédération agraire argentine, qualifie la situation de « grave et préoccupante » : selon son président, la mesure ouvre de fait le marché à la banane importée et menace le statut sanitaire de la région, notamment son statut indemne de cercosporiose noire, dont le traitement exigerait une cinquantaine de pulvérisations annuelles.
- Au Kenya, le KEPHIS (Kenya Plant Health Inspectorate Service) a mené une surveillance des ravageurs du bananier à l'aide des outils numériques du Programme phytosanitaire africain (APP). L'exercice de juillet 2026 a couvert les principales régions bananières du Kenya (Taveta, Meru, Embu, Kirinyaga, Bungoma, Kisii et Migori), où inspecteurs et agents phytosanitaires ont systématiquement collecté des données de terrain. Comme les années précédentes, la surveillance a confirmé qu'aucun cas de BBTV ni de FOC TR4 n'a été détecté au Kenya à ce jour.
- Les autorités équatoriennes ont confirmé, le 14 juillet 2026, un deuxième cas de Foc TR4 dans la province d'El Oro, dans une exploitation située dans le secteur d’El Quemado, canton de Santa Rosa, à proximité du site du premier foyer. Agrocalidad a détecté ce cas grâce à une surveillance phytosanitaire par drones, confirmée ensuite par des tests de laboratoire. Les autorités ont immédiatement activé le plan d’urgence : isolement de la zone touchée, renforcement de la biosécurité et échantillonnage continu afin d'évaluer la dispersion du champignon. L'équipe technique travaille actuellement à la délimitation de la zone affectée et à l'application des protocoles de confinement.
- La propagation de Foc TR4 provoque une crise majeure dans la filière de la banane biologique au Pérou, particulièrement dans la vallée de Chira, qui concentre plus de 90 % de la production nationale. Depuis sa détection en 2021, plus de 40 % de la production des bananies bioest en alerte rouge et plus de 2 000 hectares ont été perdus, affectant près de 8 000 producteurs et plus de 10 000 familles. L’irrigation par submersion, la sensibilité des variétés Cavendish et le manque de mesures de biosécurité favorisent la dissémination du champignon, capable de survivre plus de 50 ans dans les sols. Les exportations reculent fortement et la perspective d’un épisode El Niño, avec des pluies abondantes, pourrait accélérer davantage la propagation de la maladie.